Je sais que les comptes-rendus ont plus trop la côte en ce moment, mais là c'est pour parler d'un bon jeu récent fait par un petit éditeur familial qui est sorti dans une relative indifférence, alors je me lance, et au moins ça me servira à introduire le jeu la prochaine fois que je le proposerai aux ADR ;-)
Kézako ?
CoLab, comme son nom ne l'indique pas, est un jeu compétitif. On joue des savants fous en quête de gloire, qui partagent un espace de coworking parce que le prix du mètre carré à Ingolstadt c'est pas jojo. On est accompagné de ses sbires, des créatures pas très fut-fut qui filent un modeste coup de main à tous ceux qui le demandent… y compris les concurrents. Le jeu a donc une part de "collaboration malgré soi", puisqu'on va placer des ouvriers qui bénéficieront à tout le monde.
On avance en créant des machines, des potions et des monstres qui apportent soit des points soit des effets en cours de partie. Ce sont des cartes qu'on place sur un tableau propre à chaque joueur. La disposition des cartes est importante puisque beaucoup ont des effets qui dépendent des cartes adjacentes ou sur la même ligne/colonne. En construisant son tableau, on a ainsi la possibilité de débloquer des combos de plus en plus puissants. Les cartes ont des coûts de construction variables, qu'on paie en consommant ses dés, en jouant des jetons ressources qu'on a collectés, et en faisant contribuer les sbires. La partie s'arrête après qu'un joueur a construit sa 12ème carte.
Les actions sont un peu difficiles à intégrer au début mais il n'y en a pas tant que ça. À son tour, soit on se repose (et on réactive tous les dés qu'on a consommés en construisant des cartes entre autres), soit on agit. Quand on agit, on commence par placer OU retirer un de nos sbires sur le plateau. Le sbire doit être affublé d'un dé, et la ou les ressources indiquées sur le dé deviennent accessibles à tous. À chaque fois, le sbire rapporte à celui qui l'a placé/retiré un petit bonus en ressources, cartes et/ou réactivation de dé. Puis on déplace obligatoirement son personnage sur le plateau, et on choisit entre collecter plus de ressources/dés/cartes (et plus il y a de sbires autour de nous, plus on collecte) ou construire des cartes (et les sbires autour de nous réduisent les coûts de construction). Logiquement, on a envie de placer nos sbires là où c'est plus rentable pour nous, sauf que si c'est rentable pour nous c'est rentable pour tout le monde.
Résultats
Première partie avec nos amis du DDT. Romain s'est spécialisé dans les cartes potions, qui font des actions gratuites en échange de jetons potions qu'on récolte un peu partout. Bérenger s'est spécialisé dans les cartes machines, qui font des actions gratuites soit quand on construit une carte à côté, soit via d'autres cartes ou actions de collecte (ça combote vite). J'ai fait un peu de tout, y compris des cartes monstres, dont certaines scorent pas mal en fonction de leur placement dans le tableau. Ça m'a permis de passer légèrement devant au score. Après coup, j'ai l'impression que le jeu encourage à faire un peu de tout plutôt que de trop se spécialiser.

Deuxième partie hier soir avec Séverine et Tristan. C'est Séverine qui déclenche la fin de partie en posant 12 cartes, mais elle finit avec surtout des cartes donnant des bonus ou des actions, et peu qui rapportent des points. Je gagne de peu devant Tristan, c'est probable que le fait d'avoir déjà joué m'ait aidé à mieux positionner les cartes sur mon tableau. Par exemple il y a des cartes pour lesquelles il vaut mieux réserver les spots du centre, surtout celles qui combotent bien avec leurs voisines.

Premiers retours
Le jeu a l'avantage d'être très fluide. On a toujours quelque chose à faire, on n'est jamais bloqué et il n'y a pas d'actions "perdues". Même si on se retrouve avec une ressource ou une carte inutile, on peut en recycler une par tour pour changer un dé disponible sur la face qu'on veut. Même le tour de repos, qui est un peu l'action de la lose, rapporte 2 ressources en plus de réactiver tous les dés (ce qui permet de préparer un gros tour de construction juste après).
D'ailleurs, quand on découvre le jeu on a l'intuition qu'on va alterner collecte, construction, collecte, collecte, construction… avec des repos à intervalle réguliers. Et bien pas du tout ! Les bonus apportés par les sbires, et surtout les effets des cartes, permettent de s'alimenter en ressources et/ou de réactiver ses dés suffisamment pour enchaîner plusieurs tours de construction d'affilée, d'autant plus quand on utilise au maximum les sbires posés sur le plateau pour réduire les coûts. Sur les 2 parties que j'ai faites, chacun s'est reposé max 1 fois, voire pas du tout, et les tours de simple collecte se font de plus en plus rare quand la partie avance. On peut se débrouiller pour faire toute la partie "à flux tendu", et c'est très satisfaisant quand on arrive à avancer non-stop, sans passer 2/3 tours juste à préparer le coup suivant.
Un point négatif a été relevé, tout est dans le titre : CoLab n'est pas un jeu collaboratif. Le pitch du jeu vend un minimum de collaboration "forcée", mais ça ne joue pas tant que ça dans le processus de décision des joueurs. Il y a tellement de paramètres à prendre en compte dans le placement des sbires, qu'on les place en fonction de soi et pas des autres. Pas de « Il va sûrement faire cette action-là, je vais attendre qu'il y place son sbire, ça me coûtera moins cher d'y aller après. », ni de « Mon sbire va lui être utile, je vais vite l'enlever pour l'embêter. ». Ça changera peut-être si je rejoue avec des gens qui connaissent le jeu, mais dans mes premières parties personne ne calculait les actions des autres joueurs. Finalement, les sbires deviennent un composant supplémentaire d'un plateau de jeu qui évolue au cours de la partie. C'est très intéressant, mais ça peut être décevant pour quelqu'un qui s'attendrait à beaucoup d'interaction dans le jeu.

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