Acte I: vieux sages et jeunes trop pressés

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Joueurs :



Small Jo


Vainqueur(s) :


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« Et mon père a dit qu’il reviendrait avec sa signature ou sa cervelle sur le contrat » (le Parrain, première partie)

Partie de découverte de ce jeu de Eric Lang. Nous étions réunis chez CowBoy « l’americano » Georges pour une partie de découverte de ce jeu dont il a contribué à relancer la cote ici. On est toujours aussi bien accueillis: un tapis de jeu, de la musique d’ambiance, des victuailles, des bières dont tu ignores le nom et les ingrédients. Et le principe de randomisation des LADR fait que nous avions un mélange d’anciens et de nouveaux qui a très bien fonctionné.

Nième projet KS de CMON / Eric Lang, après Blood Rage et Rising sun et sans doute d’autre. Toujours un registre « eurotrash » très maîtrisé – du contrôle et du thème fort – , Le parrain dégouline de trucs complètement inutiles – des figurines joliment sculptées, des coffres en métal, des cartes épaisses, un pur artiste aux pinceaux – qui fonctionnent néanmoins super bien. Cependant, outre que cela provoque une inflation du prix, cela nous fait regarder avec un certain dédain ce qui est un peu moins bien (les cartes argent sale, munition, drogue, etc.). C’est un peu moins bien qu’en photo, même si ça reste vraiment pas mal.

Alors, pour éviter tout emballement superflu, et avant de lâcher la bride à l’enthousiasme, adoptons la vision d’un joueur blasé et cynique et continuons dans les aspects légèrement déceptifs: oui, bon, c’est une structure à base de mécanismes de placement, de majorités et de collection de cartes, déjà vus, et dont on nous bassine les oreilles depuis plus de vingt ans. C’est El grande. Ce n’est absolument pas révolutionnaire ou novateur.

Et ce joueur blasé et cynique aura raison (avant qu’on l’envoie chier). Sauf qu’il néglige peut-être un aspect. Le thème. Qui fonctionne ici hyper bien. Les principes de majorité, de tenir des quartiers, de racketter des commerces, est un véhicule idéal pour se vanner, se menacer subtilement, prendre un accent sicilien tout pourri (celui de Catane), égrener les références, faire des coups sous-optimisés juste parce qu’on a envie de tuer un gars. Je trouve que ça fonctionne mieux que pour les Vikings.

Et puis, c’est hyper reposant d’avoir une mécanique éprouvée, absolument pas originale, qui nous met en terrain connu. Comme avec un polar, ce qui n’empêche pas une certaine originalité.

« I Heard You Paint Houses »

C’était sans doute une bonne table, et le bon public pour cela. Quand le dernier acte ressemble à celui de Scarface, c’est à dire du vraiment sanglant, il faut avoir des nerfs d’acier pour ne pas chouiner et le prendre personnellement. Les affaires sont les affaires.

Difficile de savoir comment j’ai gagné cette partie et comment je suis devenu l’homme à abattre dans la prochaine. Je pense que j’ai de vieux restes: obtenir la possibilité de jouer un coup de plus / un coup plus tard que les autres mafieux, trouver la combinaison de cartes fumées, dire « ce territoire est à moi et je vous défonce si vous venez », buter le premier imprudent qui s’y risque, et dire qu’on a les moyens de faire de même pour les autres – ce qui n’est pas vrai, bien sûr. Il y a sans doute plein de subtilités stratégique ( les connexions des quartiers, les connaissances des cartes, ce qu’on met dans son coffre, la gestion de la corruption), mais il ne faudrait pas trop dépouiller cela jusqu’à l’os. L’intérêt de ce jeu est quand même dans les échanges entre les mafieux, la tension successive.

Et en cela, il propose quelque chose de très rafraîchissant dans la production actuelle. A rejouer avec plaisir, en acceptant le bordel et les procédures de contre-bordel auquel il nous confronte. La dimension diplomatique n’est pas scriptée, mais l’on peut tout à fait « conseiller » les familles adverses ou trouver des alliances de circonstance.

Donc, pour résumer, nous avons un jeu assez facile d’accès, pas du tout révolutionnaire, au thème qui fonctionne hyper bien, qui donne droit à quelques petites considérations tactiques (plus que stratégiques) et qui donne surtout l’occasion de bonnes parties de rigolades entre potes. On regarde plus ses adversaires ou alliés que son plateau individuel, c’est ce genre de jeu.

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