Totosky
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Tu as tout faux, Damien. On s'échangeait des recettes de blanquette, c'était super sympa.
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Vu ce que fait Shamankad sur ces figurines de Blood Rage, je suis sur que le mec pourrait facilement donner des cours, voire ouvrir une aile à la chouette.
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Après deux parties complètes avec Seb en gardant les mêmes personnages, je me retrouve à 200% dans ton analyse et ta conclusion, Gautier.
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Hier, j'ai joué à ça et c'était plutôt cool (ou pas)
Totosky a répondu à un(e) sujet de Tom dans Actualité ludique
Pour avoir fait un début de partie entre deux portes avec Seb, j'ai vite retrouvé les mêmes sensations qu'à Battlecon mais avec une lourdeur plus importante (je n'ai joué que 20 minutes avec une charmante combattante néonazi et plantureuse). Il est fort possible que sur une durée entière de partie ou sur plusieurs, ces aspects s'effacent mais devoir gérer le boost, la force et les effets des cartes m'a semblé plus compliqué que l'aspect combinatoire de Battlecon (6 bases + 6 style + 1 base unique). Je concède néanmoins à Exceed une prise en main plus rapide, des tours plus vifs(moins de triggered effects à intégrer) et des cartes aux graphismes so années 90. Après, le moubourrage provient de Gautier, le mec qui est capable de proposer dans une même soirée de la pêche au thon et une bataille de gans en culotte courte, donc... -
Ca c'est un jeu qui me parle, un jeu où tu en prends plein la gueule et tu pleures des larmes de frustration. De source sûre, au moins 4 aventuriers ont pledgé pour cette réédition.
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@Tom, tu me diras combien on te doit pour payer l'édition des flyers (cela me semble juste de payer même une petite dime pour le geste).
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Un mec qui a fait une TTTV sur Shrimp je lui accorde aucun crédit.
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Je suis en train de l'écouter la radio des jeux et vraiment Croc me sort par les yeux (c'est ce que je disais à Seb). Le mec est revenu de tout, il a tout vu, tout fait, tout expérimenté avec un dédain sur les joueurs et les backeurs ... Il va t'expliquer qu'il fait jamais de KS (sauf deux trois mais c'est exceptionnel) et dans le même temps participe au KS de Conan en proposant une extension qui trois ans plus tard n'a toujours pas vu le jour. Bref son propos est sans doute juste mais de sa part je trouve ça très pompeux.
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Non non je pense que la date est cohérente. Le jeu a déjà été produit une première fois ( il est à 400$ sur sa boutique en ligne). Après faut être sur qu'en 2020, tu joues toujours à des jeux de société vu qu'on sera tous à bosser à 48h par semaine ( au même salaire que maintenant bien sur).
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C'est le Dungeon Crawler ultime. Dodo en a fait deux trois parties sur tabletop. Je crois que d'ailleurs il a vendu un de ses fils pour faire un all-in à 1600 $ !!! Une campagne de ce jeu est prévue de durée 48h!
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Il y a toujours un ou deux jours de décalage entre le jour de parution et la disponibilité effective en kiosques. Aujourd'hui cela devrait être bon.
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Enfin, te loupe pas Santa pour arriver en temps et en heure:
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Dans ce drame qui se jouera sous nos yeux, les rôles respectifs seront tenus par : Wayne Davis = Totoche Edward Hamilton = Patacrep Kathleen Jones = Rémy Jonathan Haggins = Boeush Avec pour maitre de cérémonie: Er-Murazor. Dimanche 28 octobre 1928 17h. Le froid est sur Londres, la température est proche de zéro dans la capitale de l’Empire britannique. Great Western Hotel. Chaudement vêtue, Kathleen Jones arrive première au rendez-vous, suivi rapidement par Hamilton qui arbore un riche manteau de fourrure, puis arrivent finalement Haggins et Davis sans délai excessif. Nous demandons à rencontrer Charles Highsmith, récemment arrivé. Pendant que nous l’attendons, nous nous faisons servir un thé, confortablement installés dans le salon de l’hôtel. Charles Highsmith, la cinquantaine grisonnante et digne, nous rejoint. Il nous salue, et allume une pipe sur laquelle il tire avec régularité pendant qu’il nous expose patiemment le cas qui le préoccupe. Son patient s’appelle Alexander Roby, fils d’une réputée famille londonienne qui est à la tête de la « Coutts & Co. », banque de la famille royale. Il y a deux ans, le 14 octobre 1926, son père Herbert et sa sœur Georgina ont été retrouvés assassinés. Alexander était sur les lieux du crime, et a été retrouvé couvert de sang, prostré, traumatisé. D’abord suspect et inculpé du double meurtre, son état psychologique a été jugé tel qu’il a été interné dans l’institution de Mr. Highsmith. La décision a été prise par le frère Graham, aidé du docteur Trollope, médecin de la famille, et bien entendu Mr. Highsmith. Alexander est atteint, par cycles, d’apathie, de terreurs nocturnes donnant lieu à des crises. Highsmith, selon son jugement, ne voit pas de « signe grave ». Selon lui, le patient ne parle pas, a des hauts et des bas, mais on arrive à le calmer par l’administration d’une médication adaptée. De façon plus précise, Highsmith nous explique qu’Alexander a connu chaque année des crises à la période que nous vivons, celle qui correspond à l’anniversaire du meurtre, tandis que la période d’avril à octobre est beaucoup plus calme. Comme la décision de prolongation d’internement est soumise à une ré-évaluation du dossier tous les deux ans, et que la famille s’oppose à sa sortie, Highsmith tient néanmoins à faire appel à moi pour, si je comprends bien, abonder dans son sens. Je sens que son objectif est plus largement d’obtenir une forme de reconnaissance par la profession, dans sa démarche de resocialisation des patients. Il est convenu que Miss Jones m’accompagnera mardi matin, le train pour Hereford partant à 10h20 précises de la gare de Paddington. Pendant la journée du lundi, chacun s’affaire à trouver des informations utiles pour tenter de trouver des réponses à nos questions. Davis, lui, menant une vraie enquête, s’intéresse à tous les détails. Il cherche d’abord à trouver l’origine de la peinture qui recouvrait l’acteur de la pièce. Il apparaît que celle-ci est plutôt quelconque. Ayant retrouvé du soufre dans l’appartement de Jean Hewart, il trouve différentes applications industrielles de ce minerai, peu en rapport avec ce qui nous préoccupe (fabrication de la pâte à papier, poudre à canon, laxatif, blanchiment de la laine et de la soie). Il obtient les adresses de Graham Roby, actuel directeur de la banque (17 Hill Street quartier de Mayfair, proche du lieu de résidence d’Hamilton), et du cabinet du docteur Trollope (31 Bedford Place, quartier de Bloomsbury). Davis se rend également à la maison du crime. C’est une demeure cossue de style Victorien, où habite désormais la famille Stephens, qui semble n’avoir aucun rapport avec la terrible affaire puisqu’elle a acheté la maison au printemps 1927. Hamilton, lui, retrouve un article qui raconte les circonstances du double meurtre, l’heure (22h45) où ont été retrouvés les corps, et obtient le nom des domestiques qui avaient servi dans cette maison. Il s’agit de : - La cuisinière Mrs Vetch qui travaille toujours pour Mr. Roby, - Le majordome Mr. Lowell, - Le valet Mr. Dodd, - La femme de ménage Miss West, qui ont découvert les corps, les trois derniers ayant quitté le service de la famille après le drame. Kathleen Jones n’obtient aucun résultat dans ses recherches bibliographiques, qui tournent un peu en rond. Elle a du mal à s’extirper d’une sorte de fixation sur quelques noms étranges, comme Azatoth, ainsi que sur l’œuvre de Talbot Estus. Elle cherche fébrilement tout ce qui peut se rapporter à ce fameux signe vu l’autre soir sur le torse de l’acteur de la pièce… Elle est pleine d’une bonne volonté quelque peu fiévreuse tout de même. Je ne fais pas mieux sur le docteur Trollope et sa réputation tout à fait ordinaire. Mardi 30 octobre, 10h20. http://media.gettyimages.com/videos/1920s-high-angle-wide-shot-train-station-with-train-arriving-exiting-video-id586-13?s=640x640 Nous prenons le train, Kathleen et moi, en compagnie de Charles Highsmith. Ce dernier se montre peu loquace pendant le trajet, qui se déroule sans encombre jusqu’à Hereford, Herefordshire, comté situé à la frontière du Pays de Galles. Cette partie de notre chère Grande-Bretagne n’est pas ma préférée depuis toujours, et encore moins depuis quelques années…mais j’ai l’impression que nous n’y couperons pas, c’est bien là que notre destin nous conduit à nouveau, comme une sorte de litanie aux accents gaëliques qui me rappellerait d’autres entendues voilà déjà quelques années.. Le changement à Bristol rallongeant considérablement le temps de trajet, nous arrivons donc en fin de journée. Nous louons deux chambres à l’auberge « Wheatsheaf », dans le village de Weobley, situé à deux kilomètres de l’institution Sainte Agnès où exerce le Dr. Highsmith. Il est environ 18h quand nous arrivons à l’asile, dans une voiture conduite par un dénommé Scott, employé de Mr. Highsmith. Le bâtiment de briques grises est composé de deux ailes. L’une est réservée à la partie administrative, à l’étage, et au réfectoire au rez-de-chaussée. L’autre comporte les chambres des 30 pensionnaires, tandis que 25 employés y travaillent comme aides-soignants, infirmiers ou administratifs. Mr. Highsmith nous fait entrer dans son bureau et nous lui posons quelques questions sur Alexander Roby, avant de lui rendre visite. Highsmith lit le dossier et rappelle que son patient ressent une forme de culpabilité dans les meurtres de son père et de sa sœur. Il les avait même avoués dans un premier temps avant de raconter d’autres histoires, plus incohérentes et fantastiques les unes que les autres. Nous cherchons à savoir si un infirmier s’occupe plus particulièrement de Roby, mais ce n’est apparemment pas le cas. Il est convenu que Carl Price nous accompagnera dans la chambre pour veiller à notre sécurité, pendant que James Reeves prendra note de toutes les paroles échangées. Pendant que Highsmith me donne d’autres précisions médicales sur l’évolution du cas Roby, de ses cycles d’humeur et de la posologie utilisée pour endiguer ses crises (assez puissante il me semble, car une demi-once de laudanum pourrait endormir un cheval), Kathleen s’entretient avec Price qui lui décrit plus concrètement l’attitude d’Alexander. Il lui parle surtout d’un autre patient, Lucius Harriwell avec lequel il entretient une relation semble-t-il plus étroite qu’avec le reste de l’institution. Ce dernier est décrit comme un manipulateur, et a même été accusé d’un meurtre, il y a seulement un an, dans sa chambre voisine à celle de Roby. Un infirmier, Cuthbert Yates, y avait été retrouvé poignardé, et Harriwell recouvert de son sang, en état de choc. Depuis, il porte la plupart du temps une camisole de contention. Nous entrons dans la chambre « P4 » de Roby vers 19h30. Je prends place sur une chaise, que je déplace derrière une table qui me sépare ainsi, par précautions, de Roby. Il est assis sur son lit, adossé au mur, la tête penchée vers le bas. La deuxième chaise est utilisée par Reeves, tandis que Price et Kathleen restent debout, proches de la porte. A l’entrée de Kathleen, Roby se tourne vers elle et prononce « Délia ? » avant de baisser à nouveau la tête. Sur la table, une douzaine de livres. Des recueils de poésie contemporaine, de divers auteurs britanniques ou américains. On y trouve entre autres « From our ghostly ennemy » de R. Graves, « The freaks : an idyll of Suburbia » de Pinero, « Poems 1918-1821 » d’ Ezra Pound et « The man who died twice » ainsi que « Collected Poems » d’ Edward Arlington Robinson. - “Je suis le docteur Jonathan Haggins, je suis ici pour essayer de vous aider, Alexander, pour améliorer votre situation. Comment allez-vous ? » - « Etre enfermé ici n’est pas pratique. Cela signifie que je ne peux pas finir mon travail et que je ne pourrai pas aller où je le voudrais. Vous savez, peu d’écrivains ont la possibilité d’écrire en toute honnêteté. La vérité est utilisée pour divertir uniquement et c’est un concept étrange. Cela ne permet que d’effleurer ce qui importe. Un tel écrivain est comme l’homme dont la seule préoccupation est de cacher son ignorance une interprétation volontairement erronée, un esprit, des yeux, une bouche fermée et des poings serrés. Il ne suffit pas d’en avoir la capacité. Il faut avoir le courage de l’utiliser, faire de son intelligence un phare dans les ténèbres, tel un homme sain dans un monde fou. » Son ton est parfois monocorde, parfois triste….. Il se lève et continue à parler en restant debout, pris de mouvements de pieds répétitifs. J’essaie de mettre en place une technique d’hypnose afin de le faire parler de la tragique soirée du 14 octobre 1926. Je sors une boîte à musique, jouet pour enfant où un personnage tourne inlassablement lorsqu’on actionne le mécanisme. Je lui demande de fixer ce petit personnage et il s’exécute. Cela fonctionne au-delà de mes espérances car il se lance dans une tirade sans fin en devenant totalement exalté. « Elle est apparue de nouveau. Les rêves suivront. Non, père, tu ne pourras me nuire et continuer avec tes sermons ! Aldébaran ! Iah ! Iah ! Du wirst sterben. Mais non, ce n’est pas moi. J’en appelle à toi, Aldébaran. Iah ! Iah ! Ich bin der Wanderer. Das Ende. Befolge mich, befolge die Pfeife, vaine créature. Tue ! Tue ! Iah ! Iah ! Nooon, pas elle, pas Georgie. Pas elle ! Nicht sie, nicht sie ! » « Avez-vous vu le Masque pâle ? Avez-vous été sur les berges du lac voir la beauté et la brillance des lieux ? Edwards a dit de ne travailler qu’avec lui. Etes-vous avec Quarrie ? Pourquoi ne sont-ils pas là ? Est-ce cette année, celle qui revient tous les cinq mille ans ? Quarrie a-t-il invoqué le Roi en jaune ? Est-il déjà parmi nous ? Avez-vous vu le signe jaune ? » Après un tel déchaînement de violence verbale (car la langue allemande a cette caractéristique qu’elle place d’emblée son auditeur en état de stress), il finit par crier violemment et s’écroule en s’asseyant de nouveau sur son lit. Un regard fugitif vers Kathleen me montre que je ne suis pas le seul à blêmir sur cette dernière réplique. Alexander se met alors à pleurer, et il continue dans ses sanglots : « Ce qu’Edwards et moi faisons ne cause de tort à personne. Mais je m’inquiète pour Malcom Quarrie suite aux discussions que nous avons eues. Je pense que Quarrie a raison, malgré ce qu’Edwards peut en penser. Le Roi en jaune se fait appeler l’Acolyte en Blanc. Je ne pense pas qu’il reste à l’écart. » Roby plonge alors ses yeux dans les miens, et je sens un magnétisme puissant qui se dégage de ce personnage, Il semble à la fois malfaisant et pénétré d’une énergie peu commune, indépendamment du fait qu’il est totalement habité par une histoire dont les éléments de référence ne nous sont à présent que trop familiers. Pour tout dire, pas les plus agréables qu’ils m’aient été donnés de vivre. Avec un ton intense, il me sonde du regard en continuant son discours : « Voilà donc un message que j’aimerais que vous lui transmettiez lorsqu’il constatera que le Roi ne lui offre pas ce qu’il espère. Pour diriger les attentions du Roi ailleurs que sur Terre et pour revenir à la Ville onirique, il doit penser aux paroles de Cassilda. D’une mort charbonneuse, les étoiles s’emballent et disparaissent, sentant le souffle ancestral de celui qui pille la Grande Carcosa. Là où la Reine rencontre le Prophète, il disparaît Quand des soleils jumeaux ne subsistent que les derniers rais, Il échappe à la tombe De Carcosa à jamais perdue.» Roby s’arrête alors, comme pris d’apathie subite, et s’affaisse dans la position qu’il avait lorsque nous sommes entrés dans la chambre. Nous nous regardons sans un mot, même les employés de l’asile paraissent remués par la scène que nous venons tous de vivre. Kathleen, prise d’une intuition, découvre un petit trou pratiqué dans le mur, qui communique avec la cellule voisine. Nous ressortons car Roby a manifestement tout donné. Une fois dans le couloir, je vois que Price est en effet très étonné du comportement et du discours de Roby. Nous retournons dans le bureau du Dr. Highsmith et lui aussi est surpris de ce que nous lui contons. Je lui recommande avec diplomatie de renforcer la sécurité autour de ce patient et lui fais part de ma réprobation à l’idée de libérer cet individu. Il respecte mon avis et ne s’y oppose pas, tout en tirant compulsivement sur sa pipe. Je lui fais part de ma volonté de rencontrer tout de suite le dénommé Lucius Harriwell. Il acquiesce, mais nous prévient que ce patient supporte très mal le questionnement, et entre même dans une rage folle quand il est acculé. Nous voilà repartis vers la cellule P5, voisine de celle de Roby, non sans avoir élaboré une forme de stratégie avec ma comparse, visant à éviter les questions directes posées à notre interlocuteur. Harriwell est un grand gaillard robuste, qui nous accueille debout, et fait même mouvement vers nous quand nous prenons place, dans la même configuration que pour l’entretien précédent. Après un rapide préambule, je sors ma boîte à musique et la dépose sur la table. Il me regarde avec une ironie méchante et me dit « vous pensez que ça va marcher comme avec Roby ? C’est avec ça que vous comptez me faire parler ? » Intérieurement, je me tape violemment le front avec le plat de la main : que nous avons été stupides de ne pas avoir imaginé qu’il avait pu tout entendre de l’entretien avec Roby ! Il nous raconte tout de même, avec la même incohérence que Roby, la scène de meurtre à laquelle il a assisté dans sa chambre un an auparavant. « Tchac ! Tchac ! » est le leitmotiv, quand il nous décrit le personnage qu’il appelle « le diable rouge », venu poignarder l’infirmier avec deux couteaux de cuisine. Il nous dit plusieurs fois que Roby est faible et que c’est lui, Lucius, qui dirige les opérations… il paraît très sûr de lui, trop sûr de lui. Tandis qu’il continue de tenter de nous convaincre de son influence sur Roby, Price lui intime l’ordre de rester près de son lit tandis qu’il essaie plusieurs fois de se rapprocher de nous. Nous mettons fin assez vite à l’entretien, finalement peu convaincus de son utilité. Fatigués, nous retournons à l’auberge de Weobley et nous dormons, avant de reprendre le train le lendemain matin à 9h pour Londres. Nous retrouvons Davis et Hamilton en fin de journée « bureau » du premier, et nous partageons les informations recueillies. Davis a rencontré Miss West qui lui a affirmé qu’Alexander était un homme aux habitudes déjà troublées avant le drame familial : il ne fermait jamais les volets, et se plongeait fréquemment dans des ouvrages parlant de sciences occultes. Elle a évoqué aussi Délia, la fiancée d’Alexander. Elle a vu sous son lit un sifflet noir « comme en ivoire », sans savoir ce que ce sifflet est devenu. Le jour du meurtre, elle a entendu, cinq minutes environ avant les faits, un coup de sifflet provenant certainement de cet objet mystérieux. Elle a vu le corps d’Herbert totalement vidé de son sang, celui de Georgina tailladés par deux grandes plaies, une au torse, l’autre au cou et à la tête. En consultant le rapport de police, Davis découvre également que l’homme qui a commis ce meurtre était sans doute puissant et venait de l’extérieur de la maison, ce qui exclurait toute intervention d’Alexander, en tout cas physiquement. Dans la chambre d’Alexander ont été retrouvés beaucoup d’écrits. Mon diagnostic concernant Alexander Roby est que cet homme est « astrophile » c’est-à-dire influencé d’une façon extraordinaire par le déplacement des astres, en particulier l’étoile d’Aldébaran et les Hyades. Tout ceci ne nous avance pas beaucoup, il nous reste à la fin de ces quelques jours plus de questions que de réponses à nos interrogations, en particulier pour Hamilton. La piste de Jean Hewart est désespérément vierge, et nous devons rapidement : - Interroger Graham Roby, en espérant qu’Hamilton saura obtenir un rendez-vous avec lui. - Interroger le docteur Trollope pour en savoir un peu plus sur ce qu’il pense de la maladie mentale d’Alexander. - Retrouver la piste de Délia qui peut nous apprendre des éléments sur Alexander. - Chercher des informations sur Cuthbert Yates pour savoir si son meurtre a une raison précise. - Comprendre l’analogie entre les « Iah » vociférés par Alexander Roby et ceux, plus anciens, que Kathleen Jones a gardés sur un poème trouvé 8 ans auparavant chez un Wendish de sinistre mémoire (*cf « Le ressac de Bryn Celli Ddu », aventure précédente de nos héros) - En savoir plus sur ce sifflet, sa fabrication et son utilisation. - Chercher qui sont Edwards et Malcom Quarrie, cités par Roby dans son délire. - Creuser un peu l’œuvre des auteurs de poésie retrouvés dans la chambre de Roby. - Creuser aussi sur les employés embauchés après l’internement de Roby et avant le meurtre de Yates (nous possédons avec la liste de Highsmith les noms d’Adam Drake, Thomas Clarke et Mark Evans, infirmiers, Rick Tuder, Steven Brown, Clint Owen, Félix Roberts et Henri Cooper, aides-soignants) - Et puis aussi essayer de répondre à une question qui nous turlupine : pourquoi tout nous ramène encore et toujours vers ce fichu Pays de Galles pourtant si inhospitalier ? Quelque chose me dit que nous sommes au beau milieu d’une bande de dingues dont le signe de ralliement tire sans aucun doute sur le jaune. De quoi sont-ils capables ? Du pire, manifestement…
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Dans ce drame qui se jouera sous nos yeux, les rôles respectifs seront tenus par : Wayne Davis = Totoche Edward Hamilton = Patacrep Kathleen Jones = Rémy Jonathan Haggins = Boeush Avec pour maitre de cérémonie: Er-Murazor. Dimanche 28 octobre 1928 17h. Le froid est sur Londres, la température est proche de zéro dans la capitale de l’Empire britannique. Great Western Hotel. Chaudement vêtue, Kathleen Jones arrive première au rendez-vous, suivi rapidement par Hamilton qui arbore un riche manteau de fourrure, puis arrivent finalement Haggins et Davis sans délai excessif. Nous demandons à rencontrer Charles Highsmith, récemment arrivé. Pendant que nous l’attendons, nous nous faisons servir un thé, confortablement installés dans le salon de l’hôtel. Charles Highsmith, la cinquantaine grisonnante et digne, nous rejoint. Il nous salue, et allume une pipe sur laquelle il tire avec régularité pendant qu’il nous expose patiemment le cas qui le préoccupe. Son patient s’appelle Alexander Roby, fils d’une réputée famille londonienne qui est à la tête de la « Coutts & Co. », banque de la famille royale. Il y a deux ans, le 14 octobre 1926, son père Herbert et sa sœur Georgina ont été retrouvés assassinés. Alexander était sur les lieux du crime, et a été retrouvé couvert de sang, prostré, traumatisé. D’abord suspect et inculpé du double meurtre, son état psychologique a été jugé tel qu’il a été interné dans l’institution de Mr. Highsmith. La décision a été prise par le frère Graham, aidé du docteur Trollope, médecin de la famille, et bien entendu Mr. Highsmith. Alexander est atteint, par cycles, d’apathie, de terreurs nocturnes donnant lieu à des crises. Highsmith, selon son jugement, ne voit pas de « signe grave ». Selon lui, le patient ne parle pas, a des hauts et des bas, mais on arrive à le calmer par l’administration d’une médication adaptée. De façon plus précise, Highsmith nous explique qu’Alexander a connu chaque année des crises à la période que nous vivons, celle qui correspond à l’anniversaire du meurtre, tandis que la période d’avril à octobre est beaucoup plus calme. Comme la décision de prolongation d’internement est soumise à une ré-évaluation du dossier tous les deux ans, et que la famille s’oppose à sa sortie, Highsmith tient néanmoins à faire appel à moi pour, si je comprends bien, abonder dans son sens. Je sens que son objectif est plus largement d’obtenir une forme de reconnaissance par la profession, dans sa démarche de resocialisation des patients. Il est convenu que Miss Jones m’accompagnera mardi matin, le train pour Hereford partant à 10h20 précises de la gare de Paddington. Pendant la journée du lundi, chacun s’affaire à trouver des informations utiles pour tenter de trouver des réponses à nos questions. Davis, lui, menant une vraie enquête, s’intéresse à tous les détails. Il cherche d’abord à trouver l’origine de la peinture qui recouvrait l’acteur de la pièce. Il apparaît que celle-ci est plutôt quelconque. Ayant retrouvé du soufre dans l’appartement de Jean Hewart, il trouve différentes applications industrielles de ce minerai, peu en rapport avec ce qui nous préoccupe (fabrication de la pâte à papier, poudre à canon, laxatif, blanchiment de la laine et de la soie). Il obtient les adresses de Graham Roby, actuel directeur de la banque (17 Hill Street quartier de Mayfair, proche du lieu de résidence d’Hamilton), et du cabinet du docteur Trollope (31 Bedford Place, quartier de Bloomsbury). Davis se rend également à la maison du crime. C’est une demeure cossue de style Victorien, où habite désormais la famille Stephens, qui semble n’avoir aucun rapport avec la terrible affaire puisqu’elle a acheté la maison au printemps 1927. Hamilton, lui, retrouve un article qui raconte les circonstances du double meurtre, l’heure (22h45) où ont été retrouvés les corps, et obtient le nom des domestiques qui avaient servi dans cette maison. Il s’agit de : - La cuisinière Mrs Vetch qui travaille toujours pour Mr. Roby, - Le majordome Mr. Lowell, - Le valet Mr. Dodd, - La femme de ménage Miss West, qui ont découvert les corps, les trois derniers ayant quitté le service de la famille après le drame. Kathleen Jones n’obtient aucun résultat dans ses recherches bibliographiques, qui tournent un peu en rond. Elle a du mal à s’extirper d’une sorte de fixation sur quelques noms étranges, comme Azatoth, ainsi que sur l’œuvre de Talbot Estus. Elle cherche fébrilement tout ce qui peut se rapporter à ce fameux signe vu l’autre soir sur le torse de l’acteur de la pièce… Elle est pleine d’une bonne volonté quelque peu fiévreuse tout de même. Je ne fais pas mieux sur le docteur Trollope et sa réputation tout à fait ordinaire. Mardi 30 octobre, 10h20. http://media.gettyimages.com/videos/1920s-high-angle-wide-shot-train-station-with-train-arriving-exiting-video-id586-13?s=640x640 Nous prenons le train, Kathleen et moi, en compagnie de Charles Highsmith. Ce dernier se montre peu loquace pendant le trajet, qui se déroule sans encombre jusqu’à Hereford, Herefordshire, comté situé à la frontière du Pays de Galles. Cette partie de notre chère Grande-Bretagne n’est pas ma préférée depuis toujours, et encore moins depuis quelques années…mais j’ai l’impression que nous n’y couperons pas, c’est bien là que notre destin nous conduit à nouveau, comme une sorte de litanie aux accents gaëliques qui me rappellerait d’autres entendues voilà déjà quelques années.. Le changement à Bristol rallongeant considérablement le temps de trajet, nous arrivons donc en fin de journée. Nous louons deux chambres à l’auberge « Wheatsheaf », dans le village de Weobley, situé à deux kilomètres de l’institution Sainte Agnès où exerce le Dr. Highsmith. Il est environ 18h quand nous arrivons à l’asile, dans une voiture conduite par un dénommé Scott, employé de Mr. Highsmith. Le bâtiment de briques grises est composé de deux ailes. L’une est réservée à la partie administrative, à l’étage, et au réfectoire au rez-de-chaussée. L’autre comporte les chambres des 30 pensionnaires, tandis que 25 employés y travaillent comme aides-soignants, infirmiers ou administratifs. Mr. Highsmith nous fait entrer dans son bureau et nous lui posons quelques questions sur Alexander Roby, avant de lui rendre visite. Highsmith lit le dossier et rappelle que son patient ressent une forme de culpabilité dans les meurtres de son père et de sa sœur. Il les avait même avoués dans un premier temps avant de raconter d’autres histoires, plus incohérentes et fantastiques les unes que les autres. Nous cherchons à savoir si un infirmier s’occupe plus particulièrement de Roby, mais ce n’est apparemment pas le cas. Il est convenu que Carl Price nous accompagnera dans la chambre pour veiller à notre sécurité, pendant que James Reeves prendra note de toutes les paroles échangées. Pendant que Highsmith me donne d’autres précisions médicales sur l’évolution du cas Roby, de ses cycles d’humeur et de la posologie utilisée pour endiguer ses crises (assez puissante il me semble, car une demi-once de laudanum pourrait endormir un cheval), Kathleen s’entretient avec Price qui lui décrit plus concrètement l’attitude d’Alexander. Il lui parle surtout d’un autre patient, Lucius Harriwell avec lequel il entretient une relation semble-t-il plus étroite qu’avec le reste de l’institution. Ce dernier est décrit comme un manipulateur, et a même été accusé d’un meurtre, il y a seulement un an, dans sa chambre voisine à celle de Roby. Un infirmier, Cuthbert Yates, y avait été retrouvé poignardé, et Harriwell recouvert de son sang, en état de choc. Depuis, il porte la plupart du temps une camisole de contention. Nous entrons dans la chambre « P4 » de Roby vers 19h30. Je prends place sur une chaise, que je déplace derrière une table qui me sépare ainsi, par précautions, de Roby. Il est assis sur son lit, adossé au mur, la tête penchée vers le bas. La deuxième chaise est utilisée par Reeves, tandis que Price et Kathleen restent debout, proches de la porte. A l’entrée de Kathleen, Roby se tourne vers elle et prononce « Délia ? » avant de baisser à nouveau la tête. Sur la table, une douzaine de livres. Des recueils de poésie contemporaine, de divers auteurs britanniques ou américains. On y trouve entre autres « From our ghostly ennemy » de R. Graves, « The freaks : an idyll of Suburbia » de Pinero, « Poems 1918-1821 » d’ Ezra Pound et « The man who died twice » ainsi que « Collected Poems » d’ Edward Arlington Robinson. - “Je suis le docteur Jonathan Haggins, je suis ici pour essayer de vous aider, Alexander, pour améliorer votre situation. Comment allez-vous ? » - « Etre enfermé ici n’est pas pratique. Cela signifie que je ne peux pas finir mon travail et que je ne pourrai pas aller où je le voudrais. Vous savez, peu d’écrivains ont la possibilité d’écrire en toute honnêteté. La vérité est utilisée pour divertir uniquement et c’est un concept étrange. Cela ne permet que d’effleurer ce qui importe. Un tel écrivain est comme l’homme dont la seule préoccupation est de cacher son ignorance une interprétation volontairement erronée, un esprit, des yeux, une bouche fermée et des poings serrés. Il ne suffit pas d’en avoir la capacité. Il faut avoir le courage de l’utiliser, faire de son intelligence un phare dans les ténèbres, tel un homme sain dans un monde fou. » Son ton est parfois monocorde, parfois triste….. Il se lève et continue à parler en restant debout, pris de mouvements de pieds répétitifs. J’essaie de mettre en place une technique d’hypnose afin de le faire parler de la tragique soirée du 14 octobre 1926. Je sors une boîte à musique, jouet pour enfant où un personnage tourne inlassablement lorsqu’on actionne le mécanisme. Je lui demande de fixer ce petit personnage et il s’exécute. Cela fonctionne au-delà de mes espérances car il se lance dans une tirade sans fin en devenant totalement exalté. « Elle est apparue de nouveau. Les rêves suivront. Non, père, tu ne pourras me nuire et continuer avec tes sermons ! Aldébaran ! Iah ! Iah ! Du wirst sterben. Mais non, ce n’est pas moi. J’en appelle à toi, Aldébaran. Iah ! Iah ! Ich bin der Wanderer. Das Ende. Befolge mich, befolge die Pfeife, vaine créature. Tue ! Tue ! Iah ! Iah ! Nooon, pas elle, pas Georgie. Pas elle ! Nicht sie, nicht sie ! » « Avez-vous vu le Masque pâle ? Avez-vous été sur les berges du lac voir la beauté et la brillance des lieux ? Edwards a dit de ne travailler qu’avec lui. Etes-vous avec Quarrie ? Pourquoi ne sont-ils pas là ? Est-ce cette année, celle qui revient tous les cinq mille ans ? Quarrie a-t-il invoqué le Roi en jaune ? Est-il déjà parmi nous ? Avez-vous vu le signe jaune ? » Après un tel déchaînement de violence verbale (car la langue allemande a cette caractéristique qu’elle place d’emblée son auditeur en état de stress), il finit par crier violemment et s’écroule en s’asseyant de nouveau sur son lit. Un regard fugitif vers Kathleen me montre que je ne suis pas le seul à blêmir sur cette dernière réplique. Alexander se met alors à pleurer, et il continue dans ses sanglots : « Ce qu’Edwards et moi faisons ne cause de tort à personne. Mais je m’inquiète pour Malcom Quarrie suite aux discussions que nous avons eues. Je pense que Quarrie a raison, malgré ce qu’Edwards peut en penser. Le Roi en jaune se fait appeler l’Acolyte en Blanc. Je ne pense pas qu’il reste à l’écart. » Roby plonge alors ses yeux dans les miens, et je sens un magnétisme puissant qui se dégage de ce personnage, Il semble à la fois malfaisant et pénétré d’une énergie peu commune, indépendamment du fait qu’il est totalement habité par une histoire dont les éléments de référence ne nous sont à présent que trop familiers. Pour tout dire, pas les plus agréables qu’ils m’aient été donnés de vivre. Avec un ton intense, il me sonde du regard en continuant son discours : « Voilà donc un message que j’aimerais que vous lui transmettiez lorsqu’il constatera que le Roi ne lui offre pas ce qu’il espère. Pour diriger les attentions du Roi ailleurs que sur Terre et pour revenir à la Ville onirique, il doit penser aux paroles de Cassilda. D’une mort charbonneuse, les étoiles s’emballent et disparaissent, sentant le souffle ancestral de celui qui pille la Grande Carcosa. Là où la Reine rencontre le Prophète, il disparaît Quand des soleils jumeaux ne subsistent que les derniers rais, Il échappe à la tombe De Carcosa à jamais perdue.» Roby s’arrête alors, comme pris d’apathie subite, et s’affaisse dans la position qu’il avait lorsque nous sommes entrés dans la chambre. Nous nous regardons sans un mot, même les employés de l’asile paraissent remués par la scène que nous venons tous de vivre. Kathleen, prise d’une intuition, découvre un petit trou pratiqué dans le mur, qui communique avec la cellule voisine. Nous ressortons car Roby a manifestement tout donné. Une fois dans le couloir, je vois que Price est en effet très étonné du comportement et du discours de Roby. Nous retournons dans le bureau du Dr. Highsmith et lui aussi est surpris de ce que nous lui contons. Je lui recommande avec diplomatie de renforcer la sécurité autour de ce patient et lui fais part de ma réprobation à l’idée de libérer cet individu. Il respecte mon avis et ne s’y oppose pas, tout en tirant compulsivement sur sa pipe. Je lui fais part de ma volonté de rencontrer tout de suite le dénommé Lucius Harriwell. Il acquiesce, mais nous prévient que ce patient supporte très mal le questionnement, et entre même dans une rage folle quand il est acculé. Nous voilà repartis vers la cellule P5, voisine de celle de Roby, non sans avoir élaboré une forme de stratégie avec ma comparse, visant à éviter les questions directes posées à notre interlocuteur. Harriwell est un grand gaillard robuste, qui nous accueille debout, et fait même mouvement vers nous quand nous prenons place, dans la même configuration que pour l’entretien précédent. Après un rapide préambule, je sors ma boîte à musique et la dépose sur la table. Il me regarde avec une ironie méchante et me dit « vous pensez que ça va marcher comme avec Roby ? C’est avec ça que vous comptez me faire parler ? » Intérieurement, je me tape violemment le front avec le plat de la main : que nous avons été stupides de ne pas avoir imaginé qu’il avait pu tout entendre de l’entretien avec Roby ! Il nous raconte tout de même, avec la même incohérence que Roby, la scène de meurtre à laquelle il a assisté dans sa chambre un an auparavant. « Tchac ! Tchac ! » est le leitmotiv, quand il nous décrit le personnage qu’il appelle « le diable rouge », venu poignarder l’infirmier avec deux couteaux de cuisine. Il nous dit plusieurs fois que Roby est faible et que c’est lui, Lucius, qui dirige les opérations… il paraît très sûr de lui, trop sûr de lui. Tandis qu’il continue de tenter de nous convaincre de son influence sur Roby, Price lui intime l’ordre de rester près de son lit tandis qu’il essaie plusieurs fois de se rapprocher de nous. Nous mettons fin assez vite à l’entretien, finalement peu convaincus de son utilité. Fatigués, nous retournons à l’auberge de Weobley et nous dormons, avant de reprendre le train le lendemain matin à 9h pour Londres. Nous retrouvons Davis et Hamilton en fin de journée « bureau » du premier, et nous partageons les informations recueillies. Davis a rencontré Miss West qui lui a affirmé qu’Alexander était un homme aux habitudes déjà troublées avant le drame familial : il ne fermait jamais les volets, et se plongeait fréquemment dans des ouvrages parlant de sciences occultes. Elle a évoqué aussi Délia, la fiancée d’Alexander. Elle a vu sous son lit un sifflet noir « comme en ivoire », sans savoir ce que ce sifflet est devenu. Le jour du meurtre, elle a entendu, cinq minutes environ avant les faits, un coup de sifflet provenant certainement de cet objet mystérieux. Elle a vu le corps d’Herbert totalement vidé de son sang, celui de Georgina tailladés par deux grandes plaies, une au torse, l’autre au cou et à la tête. En consultant le rapport de police, Davis découvre également que l’homme qui a commis ce meurtre était sans doute puissant et venait de l’extérieur de la maison, ce qui exclurait toute intervention d’Alexander, en tout cas physiquement. Dans la chambre d’Alexander ont été retrouvés beaucoup d’écrits. Mon diagnostic concernant Alexander Roby est que cet homme est « astrophile » c’est-à-dire influencé d’une façon extraordinaire par le déplacement des astres, en particulier l’étoile d’Aldébaran et les Hyades. Tout ceci ne nous avance pas beaucoup, il nous reste à la fin de ces quelques jours plus de questions que de réponses à nos interrogations, en particulier pour Hamilton. La piste de Jean Hewart est désespérément vierge, et nous devons rapidement : - Interroger Graham Roby, en espérant qu’Hamilton saura obtenir un rendez-vous avec lui. - Interroger le docteur Trollope pour en savoir un peu plus sur ce qu’il pense de la maladie mentale d’Alexander. - Retrouver la piste de Délia qui peut nous apprendre des éléments sur Alexander. - Chercher des informations sur Cuthbert Yates pour savoir si son meurtre a une raison précise. - Comprendre l’analogie entre les « Iah » vociférés par Alexander Roby et ceux, plus anciens, que Kathleen Jones a gardés sur un poème trouvé 8 ans auparavant chez un Wendish de sinistre mémoire (*cf « Le ressac de Bryn Celli Ddu », aventure précédente de nos héros) - En savoir plus sur ce sifflet, sa fabrication et son utilisation. - Chercher qui sont Edwards et Malcom Quarrie, cités par Roby dans son délire. - Creuser un peu l’œuvre des auteurs de poésie retrouvés dans la chambre de Roby. - Creuser aussi sur les employés embauchés après l’internement de Roby et avant le meurtre de Yates (nous possédons avec la liste de Highsmith les noms d’Adam Drake, Thomas Clarke et Mark Evans, infirmiers, Rick Tuder, Steven Brown, Clint Owen, Félix Roberts et Henri Cooper, aides-soignants) - Et puis aussi essayer de répondre à une question qui nous turlupine : pourquoi tout nous ramène encore et toujours vers ce fichu Pays de Galles pourtant si inhospitalier ? Quelque chose me dit que nous sommes au beau milieu d’une bande de dingues dont le signe de ralliement tire sans aucun doute sur le jaune. De quoi sont-ils capables ? Du pire, manifestement…
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Dans ce drame qui se jouera sous nos yeux, les rôles respectifs seront tenus par : Wayne Davis = Totoche Edward Hamilton = Patacrep Kathleen Jones = Rémy Jonathan Haggins = Boeush Avec pour maitre de cérémonie: Er-Murazor. Dimanche 28 octobre 1928 17h. Le froid est sur Londres, la température est proche de zéro dans la capitale de l’Empire britannique. Great Western Hotel. Chaudement vêtue, Kathleen Jones arrive première au rendez-vous, suivi rapidement par Hamilton qui arbore un riche manteau de fourrure, puis arrivent finalement Haggins et Davis sans délai excessif. Nous demandons à rencontrer Charles Highsmith, récemment arrivé. Pendant que nous l’attendons, nous nous faisons servir un thé, confortablement installés dans le salon de l’hôtel. Charles Highsmith, la cinquantaine grisonnante et digne, nous rejoint. Il nous salue, et allume une pipe sur laquelle il tire avec régularité pendant qu’il nous expose patiemment le cas qui le préoccupe. Son patient s’appelle Alexander Roby, fils d’une réputée famille londonienne qui est à la tête de la « Coutts & Co. », banque de la famille royale. Il y a deux ans, le 14 octobre 1926, son père Herbert et sa sœur Georgina ont été retrouvés assassinés. Alexander était sur les lieux du crime, et a été retrouvé couvert de sang, prostré, traumatisé. D’abord suspect et inculpé du double meurtre, son état psychologique a été jugé tel qu’il a été interné dans l’institution de Mr. Highsmith. La décision a été prise par le frère Graham, aidé du docteur Trollope, médecin de la famille, et bien entendu Mr. Highsmith. Alexander est atteint, par cycles, d’apathie, de terreurs nocturnes donnant lieu à des crises. Highsmith, selon son jugement, ne voit pas de « signe grave ». Selon lui, le patient ne parle pas, a des hauts et des bas, mais on arrive à le calmer par l’administration d’une médication adaptée. De façon plus précise, Highsmith nous explique qu’Alexander a connu chaque année des crises à la période que nous vivons, celle qui correspond à l’anniversaire du meurtre, tandis que la période d’avril à octobre est beaucoup plus calme. Comme la décision de prolongation d’internement est soumise à une ré-évaluation du dossier tous les deux ans, et que la famille s’oppose à sa sortie, Highsmith tient néanmoins à faire appel à moi pour, si je comprends bien, abonder dans son sens. Je sens que son objectif est plus largement d’obtenir une forme de reconnaissance par la profession, dans sa démarche de resocialisation des patients. Il est convenu que Miss Jones m’accompagnera mardi matin, le train pour Hereford partant à 10h20 précises de la gare de Paddington. Pendant la journée du lundi, chacun s’affaire à trouver des informations utiles pour tenter de trouver des réponses à nos questions. Davis, lui, menant une vraie enquête, s’intéresse à tous les détails. Il cherche d’abord à trouver l’origine de la peinture qui recouvrait l’acteur de la pièce. Il apparaît que celle-ci est plutôt quelconque. Ayant retrouvé du soufre dans l’appartement de Jean Hewart, il trouve différentes applications industrielles de ce minerai, peu en rapport avec ce qui nous préoccupe (fabrication de la pâte à papier, poudre à canon, laxatif, blanchiment de la laine et de la soie). Il obtient les adresses de Graham Roby, actuel directeur de la banque (17 Hill Street quartier de Mayfair, proche du lieu de résidence d’Hamilton), et du cabinet du docteur Trollope (31 Bedford Place, quartier de Bloomsbury). Davis se rend également à la maison du crime. C’est une demeure cossue de style Victorien, où habite désormais la famille Stephens, qui semble n’avoir aucun rapport avec la terrible affaire puisqu’elle a acheté la maison au printemps 1927. Hamilton, lui, retrouve un article qui raconte les circonstances du double meurtre, l’heure (22h45) où ont été retrouvés les corps, et obtient le nom des domestiques qui avaient servi dans cette maison. Il s’agit de : - La cuisinière Mrs Vetch qui travaille toujours pour Mr. Roby, - Le majordome Mr. Lowell, - Le valet Mr. Dodd, - La femme de ménage Miss West, qui ont découvert les corps, les trois derniers ayant quitté le service de la famille après le drame. Kathleen Jones n’obtient aucun résultat dans ses recherches bibliographiques, qui tournent un peu en rond. Elle a du mal à s’extirper d’une sorte de fixation sur quelques noms étranges, comme Azatoth, ainsi que sur l’œuvre de Talbot Estus. Elle cherche fébrilement tout ce qui peut se rapporter à ce fameux signe vu l’autre soir sur le torse de l’acteur de la pièce… Elle est pleine d’une bonne volonté quelque peu fiévreuse tout de même. Je ne fais pas mieux sur le docteur Trollope et sa réputation tout à fait ordinaire. Mardi 30 octobre, 10h20. http://media.gettyimages.com/videos/1920s-high-angle-wide-shot-train-station-with-train-arriving-exiting-video-id586-13?s=640x640 Nous prenons le train, Kathleen et moi, en compagnie de Charles Highsmith. Ce dernier se montre peu loquace pendant le trajet, qui se déroule sans encombre jusqu’à Hereford, Herefordshire, comté situé à la frontière du Pays de Galles. Cette partie de notre chère Grande-Bretagne n’est pas ma préférée depuis toujours, et encore moins depuis quelques années…mais j’ai l’impression que nous n’y couperons pas, c’est bien là que notre destin nous conduit à nouveau, comme une sorte de litanie aux accents gaëliques qui me rappellerait d’autres entendues voilà déjà quelques années.. Le changement à Bristol rallongeant considérablement le temps de trajet, nous arrivons donc en fin de journée. Nous louons deux chambres à l’auberge « Wheatsheaf », dans le village de Weobley, situé à deux kilomètres de l’institution Sainte Agnès où exerce le Dr. Highsmith. Il est environ 18h quand nous arrivons à l’asile, dans une voiture conduite par un dénommé Scott, employé de Mr. Highsmith. Le bâtiment de briques grises est composé de deux ailes. L’une est réservée à la partie administrative, à l’étage, et au réfectoire au rez-de-chaussée. L’autre comporte les chambres des 30 pensionnaires, tandis que 25 employés y travaillent comme aides-soignants, infirmiers ou administratifs. Mr. Highsmith nous fait entrer dans son bureau et nous lui posons quelques questions sur Alexander Roby, avant de lui rendre visite. Highsmith lit le dossier et rappelle que son patient ressent une forme de culpabilité dans les meurtres de son père et de sa sœur. Il les avait même avoués dans un premier temps avant de raconter d’autres histoires, plus incohérentes et fantastiques les unes que les autres. Nous cherchons à savoir si un infirmier s’occupe plus particulièrement de Roby, mais ce n’est apparemment pas le cas. Il est convenu que Carl Price nous accompagnera dans la chambre pour veiller à notre sécurité, pendant que James Reeves prendra note de toutes les paroles échangées. Pendant que Highsmith me donne d’autres précisions médicales sur l’évolution du cas Roby, de ses cycles d’humeur et de la posologie utilisée pour endiguer ses crises (assez puissante il me semble, car une demi-once de laudanum pourrait endormir un cheval), Kathleen s’entretient avec Price qui lui décrit plus concrètement l’attitude d’Alexander. Il lui parle surtout d’un autre patient, Lucius Harriwell avec lequel il entretient une relation semble-t-il plus étroite qu’avec le reste de l’institution. Ce dernier est décrit comme un manipulateur, et a même été accusé d’un meurtre, il y a seulement un an, dans sa chambre voisine à celle de Roby. Un infirmier, Cuthbert Yates, y avait été retrouvé poignardé, et Harriwell recouvert de son sang, en état de choc. Depuis, il porte la plupart du temps une camisole de contention. Nous entrons dans la chambre « P4 » de Roby vers 19h30. Je prends place sur une chaise, que je déplace derrière une table qui me sépare ainsi, par précautions, de Roby. Il est assis sur son lit, adossé au mur, la tête penchée vers le bas. La deuxième chaise est utilisée par Reeves, tandis que Price et Kathleen restent debout, proches de la porte. A l’entrée de Kathleen, Roby se tourne vers elle et prononce « Délia ? » avant de baisser à nouveau la tête. Sur la table, une douzaine de livres. Des recueils de poésie contemporaine, de divers auteurs britanniques ou américains. On y trouve entre autres « From our ghostly ennemy » de R. Graves, « The freaks : an idyll of Suburbia » de Pinero, « Poems 1918-1821 » d’ Ezra Pound et « The man who died twice » ainsi que « Collected Poems » d’ Edward Arlington Robinson. - “Je suis le docteur Jonathan Haggins, je suis ici pour essayer de vous aider, Alexander, pour améliorer votre situation. Comment allez-vous ? » - « Etre enfermé ici n’est pas pratique. Cela signifie que je ne peux pas finir mon travail et que je ne pourrai pas aller où je le voudrais. Vous savez, peu d’écrivains ont la possibilité d’écrire en toute honnêteté. La vérité est utilisée pour divertir uniquement et c’est un concept étrange. Cela ne permet que d’effleurer ce qui importe. Un tel écrivain est comme l’homme dont la seule préoccupation est de cacher son ignorance une interprétation volontairement erronée, un esprit, des yeux, une bouche fermée et des poings serrés. Il ne suffit pas d’en avoir la capacité. Il faut avoir le courage de l’utiliser, faire de son intelligence un phare dans les ténèbres, tel un homme sain dans un monde fou. » Son ton est parfois monocorde, parfois triste….. Il se lève et continue à parler en restant debout, pris de mouvements de pieds répétitifs. J’essaie de mettre en place une technique d’hypnose afin de le faire parler de la tragique soirée du 14 octobre 1926. Je sors une boîte à musique, jouet pour enfant où un personnage tourne inlassablement lorsqu’on actionne le mécanisme. Je lui demande de fixer ce petit personnage et il s’exécute. Cela fonctionne au-delà de mes espérances car il se lance dans une tirade sans fin en devenant totalement exalté. « Elle est apparue de nouveau. Les rêves suivront. Non, père, tu ne pourras me nuire et continuer avec tes sermons ! Aldébaran ! Iah ! Iah ! Du wirst sterben. Mais non, ce n’est pas moi. J’en appelle à toi, Aldébaran. Iah ! Iah ! Ich bin der Wanderer. Das Ende. Befolge mich, befolge die Pfeife, vaine créature. Tue ! Tue ! Iah ! Iah ! Nooon, pas elle, pas Georgie. Pas elle ! Nicht sie, nicht sie ! » « Avez-vous vu le Masque pâle ? Avez-vous été sur les berges du lac voir la beauté et la brillance des lieux ? Edwards a dit de ne travailler qu’avec lui. Etes-vous avec Quarrie ? Pourquoi ne sont-ils pas là ? Est-ce cette année, celle qui revient tous les cinq mille ans ? Quarrie a-t-il invoqué le Roi en jaune ? Est-il déjà parmi nous ? Avez-vous vu le signe jaune ? » Après un tel déchaînement de violence verbale (car la langue allemande a cette caractéristique qu’elle place d’emblée son auditeur en état de stress), il finit par crier violemment et s’écroule en s’asseyant de nouveau sur son lit. Un regard fugitif vers Kathleen me montre que je ne suis pas le seul à blêmir sur cette dernière réplique. Alexander se met alors à pleurer, et il continue dans ses sanglots : « Ce qu’Edwards et moi faisons ne cause de tort à personne. Mais je m’inquiète pour Malcom Quarrie suite aux discussions que nous avons eues. Je pense que Quarrie a raison, malgré ce qu’Edwards peut en penser. Le Roi en jaune se fait appeler l’Acolyte en Blanc. Je ne pense pas qu’il reste à l’écart. » Roby plonge alors ses yeux dans les miens, et je sens un magnétisme puissant qui se dégage de ce personnage, Il semble à la fois malfaisant et pénétré d’une énergie peu commune, indépendamment du fait qu’il est totalement habité par une histoire dont les éléments de référence ne nous sont à présent que trop familiers. Pour tout dire, pas les plus agréables qu’ils m’aient été donnés de vivre. Avec un ton intense, il me sonde du regard en continuant son discours : « Voilà donc un message que j’aimerais que vous lui transmettiez lorsqu’il constatera que le Roi ne lui offre pas ce qu’il espère. Pour diriger les attentions du Roi ailleurs que sur Terre et pour revenir à la Ville onirique, il doit penser aux paroles de Cassilda. D’une mort charbonneuse, les étoiles s’emballent et disparaissent, sentant le souffle ancestral de celui qui pille la Grande Carcosa. Là où la Reine rencontre le Prophète, il disparaît Quand des soleils jumeaux ne subsistent que les derniers rais, Il échappe à la tombe De Carcosa à jamais perdue.» Roby s’arrête alors, comme pris d’apathie subite, et s’affaisse dans la position qu’il avait lorsque nous sommes entrés dans la chambre. Nous nous regardons sans un mot, même les employés de l’asile paraissent remués par la scène que nous venons tous de vivre. Kathleen, prise d’une intuition, découvre un petit trou pratiqué dans le mur, qui communique avec la cellule voisine. Nous ressortons car Roby a manifestement tout donné. Une fois dans le couloir, je vois que Price est en effet très étonné du comportement et du discours de Roby. Nous retournons dans le bureau du Dr. Highsmith et lui aussi est surpris de ce que nous lui contons. Je lui recommande avec diplomatie de renforcer la sécurité autour de ce patient et lui fais part de ma réprobation à l’idée de libérer cet individu. Il respecte mon avis et ne s’y oppose pas, tout en tirant compulsivement sur sa pipe. Je lui fais part de ma volonté de rencontrer tout de suite le dénommé Lucius Harriwell. Il acquiesce, mais nous prévient que ce patient supporte très mal le questionnement, et entre même dans une rage folle quand il est acculé. Nous voilà repartis vers la cellule P5, voisine de celle de Roby, non sans avoir élaboré une forme de stratégie avec ma comparse, visant à éviter les questions directes posées à notre interlocuteur. Harriwell est un grand gaillard robuste, qui nous accueille debout, et fait même mouvement vers nous quand nous prenons place, dans la même configuration que pour l’entretien précédent. Après un rapide préambule, je sors ma boîte à musique et la dépose sur la table. Il me regarde avec une ironie méchante et me dit « vous pensez que ça va marcher comme avec Roby ? C’est avec ça que vous comptez me faire parler ? » Intérieurement, je me tape violemment le front avec le plat de la main : que nous avons été stupides de ne pas avoir imaginé qu’il avait pu tout entendre de l’entretien avec Roby ! Il nous raconte tout de même, avec la même incohérence que Roby, la scène de meurtre à laquelle il a assisté dans sa chambre un an auparavant. « Tchac ! Tchac ! » est le leitmotiv, quand il nous décrit le personnage qu’il appelle « le diable rouge », venu poignarder l’infirmier avec deux couteaux de cuisine. Il nous dit plusieurs fois que Roby est faible et que c’est lui, Lucius, qui dirige les opérations… il paraît très sûr de lui, trop sûr de lui. Tandis qu’il continue de tenter de nous convaincre de son influence sur Roby, Price lui intime l’ordre de rester près de son lit tandis qu’il essaie plusieurs fois de se rapprocher de nous. Nous mettons fin assez vite à l’entretien, finalement peu convaincus de son utilité. Fatigués, nous retournons à l’auberge de Weobley et nous dormons, avant de reprendre le train le lendemain matin à 9h pour Londres. Nous retrouvons Davis et Hamilton en fin de journée « bureau » du premier, et nous partageons les informations recueillies. Davis a rencontré Miss West qui lui a affirmé qu’Alexander était un homme aux habitudes déjà troublées avant le drame familial : il ne fermait jamais les volets, et se plongeait fréquemment dans des ouvrages parlant de sciences occultes. Elle a évoqué aussi Délia, la fiancée d’Alexander. Elle a vu sous son lit un sifflet noir « comme en ivoire », sans savoir ce que ce sifflet est devenu. Le jour du meurtre, elle a entendu, cinq minutes environ avant les faits, un coup de sifflet provenant certainement de cet objet mystérieux. Elle a vu le corps d’Herbert totalement vidé de son sang, celui de Georgina tailladés par deux grandes plaies, une au torse, l’autre au cou et à la tête. En consultant le rapport de police, Davis découvre également que l’homme qui a commis ce meurtre était sans doute puissant et venait de l’extérieur de la maison, ce qui exclurait toute intervention d’Alexander, en tout cas physiquement. Dans la chambre d’Alexander ont été retrouvés beaucoup d’écrits. Mon diagnostic concernant Alexander Roby est que cet homme est « astrophile » c’est-à-dire influencé d’une façon extraordinaire par le déplacement des astres, en particulier l’étoile d’Aldébaran et les Hyades. Tout ceci ne nous avance pas beaucoup, il nous reste à la fin de ces quelques jours plus de questions que de réponses à nos interrogations, en particulier pour Hamilton. La piste de Jean Hewart est désespérément vierge, et nous devons rapidement : - Interroger Graham Roby, en espérant qu’Hamilton saura obtenir un rendez-vous avec lui. - Interroger le docteur Trollope pour en savoir un peu plus sur ce qu’il pense de la maladie mentale d’Alexander. - Retrouver la piste de Délia qui peut nous apprendre des éléments sur Alexander. - Chercher des informations sur Cuthbert Yates pour savoir si son meurtre a une raison précise. - Comprendre l’analogie entre les « Iah » vociférés par Alexander Roby et ceux, plus anciens, que Kathleen Jones a gardés sur un poème trouvé 8 ans auparavant chez un Wendish de sinistre mémoire (*cf « Le ressac de Bryn Celli Ddu », aventure précédente de nos héros) - En savoir plus sur ce sifflet, sa fabrication et son utilisation. - Chercher qui sont Edwards et Malcom Quarrie, cités par Roby dans son délire. - Creuser un peu l’œuvre des auteurs de poésie retrouvés dans la chambre de Roby. - Creuser aussi sur les employés embauchés après l’internement de Roby et avant le meurtre de Yates (nous possédons avec la liste de Highsmith les noms d’Adam Drake, Thomas Clarke et Mark Evans, infirmiers, Rick Tuder, Steven Brown, Clint Owen, Félix Roberts et Henri Cooper, aides-soignants) - Et puis aussi essayer de répondre à une question qui nous turlupine : pourquoi tout nous ramène encore et toujours vers ce fichu Pays de Galles pourtant si inhospitalier ? Quelque chose me dit que nous sommes au beau milieu d’une bande de dingues dont le signe de ralliement tire sans aucun doute sur le jaune. De quoi sont-ils capables ? Du pire, manifestement…
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Dans ce drame qui se jouera sous nos yeux, les rôles respectifs seront tenus par : Wayne Davis = Totoche Edward Hamilton = Patacrep Kathleen Jones = Rémy Jonathan Haggins = Boeush Avec pour maitre de cérémonie: Er-Murazor. Mercredi 17 octobre 1928 21h. http://storage.lfpress.com/v1/blogs-prod-photos/f/0/7/2/4/f072433139a1bdaf9d6aa8cee88e1e9b.jpg Je me rends au théâtre Scala de Londres avec mon ami Frederick Matthias Alexander, pour assister à la première de « Carcosa, la reine et l’étranger » pièce en deux actes écrite et mise en scène par Talbot Estus. En rentrant dans ce vieux théâtre, j’ai la fugitive impression de connaître une jeune femme qui prend place au troisième rang, accompagnée d’un homme barbu et sensiblement plus âgé qu’elle. Comme la pièce va commencer, je garde pour plus tard mon impression, et nous assistons à la représentation. L’acte I est passablement ennuyeux, les comédiens donnant l’impression de réciter un texte mort-né. Ce qui se dégage est une sensation nauséeuse, et j’ai l’impression de ne pas être le seul à me sentir mal à l’aise face à ce récit informe, qui raconte, si j’ai bien compris, la lutte d’une famille pour résister à la transformation de leur cité en un lieu maléfique. Au moment où l’entracte vient clôturer le premier acte, je m’aperçois avec sidération que je n’ai aucun souvenir de la scène III. Sauf la fin : l’étranger finit par découvrir sa poitrine, où apparaît, peint sur sa peau, un symbole qui me ramène soudain à de sombres heures du passé. C’est une figure circulaire à trois parties, dont la branche supérieure évoque un point d’interrogation Tentant de retrouver mes esprits, je me dirige en compagnie d’Alexander vers un buffet, où nous buvons un verre. Et là, je me retrouve face à face avec Miss Kathleen Jones, la silhouette familière de tout à l’heure. Huit années volent alors en éclat et nous nous retrouvons à bavarder comme si nous nous étions quittés hier. Ma surprise est du coup toute relative quand vient nous rejoindre Wayne Davis, même si ce dernier est désormais affublé d’un chapeau pour le moins criard, et d’un cigare dont la taille semble dire au monde à quel point la réussite sociale tient dans l’affichage qu’on en fait. Après que Kathleen nous a présenté son père, grand amateur de Talbot Estus, l’entracte prend fin et nous regagnons nos fauteuils dans la salle. L’acte II est tout aussi dérangeant, et je commence à me dire que le théâtre dit « d’avant-garde » est tout de même fort rasoir…. Jusqu’à la scène où la reine demande à l’étranger de retirer son masque, ce dernier affirmant qu’il n’en a pas, La princesse Camilla horrifiée se met à crier « Pas de masque ? Pas de masque ! ». Le second acte se termine quand la salle est soudain prise d’une frénésie violente et incontrôlée. Des gens hurlent, d’autres commencent à frapper leurs voisins, un homme bascule même du balcon et vient se fracasser dans la fosse. A mes pieds, un homme tombe inanimé, tandis que les réflexes ont le dessus, et que nous cherchons, avec Alexander, à apporter réconfort et soin aux personnes que nous voyons mal en point. En coulisses, un homme grand et moustachu visiblement très mécontent et qui semble reprocher à deux autres hommes ce qui vient de se passer. La salle se vide peu à peu, et quand le calme revient enfin, on nous annonce que le théâtre maintient le lunch initialement prévu pour un soir de première, ainsi que la rencontre avec les acteurs et l’auteur de la pièce. Nous nous retrouvons, comme à l’entracte, à tenter de retrouver nos esprits autour d’un verre. Comme je m’en doutais, Jones et Davis sont là, et nous reprenons la conversation interrompue tout à l’heure. Je sens, au regard de mes anciens compagnons d’aventure, que nous partageons la même sensation diffuse : nous venons d’assister à la manifestation de forces que nous croyions appartenir au passé. Il reste une soixantaine de personnes au buffet quand arrivent les acteurs ainsi que les deux directeurs du théâtre Hamilton et Noble. Nous apprenons qu’ils annulent totalement les futures représentations de la pièce. Je me mets à leur place, la publicité apportée par les événements de ce soir n’est pas forcément la meilleure que l’on puisse faire pour leur salle, sur la place de Londres. Une jeune actrice, celle qui interprétait le rôle de la princesse Camilla, Jean Hewart, paraît particulièrement perturbée, et elle fait part à Hamilton de cauchemars qu’elle subit depuis les répétitions de la pièce, mettant en scène des poissons… tiens, tiens… Arrive enfin Talbot Estus, l’auteur et metteur en scène. La discussion avec Estus et Michael Gillen (celui qui joue l’étranger) nous apprend que la pièce est tirée d’un roman sorti en 1895 de Robert W. Chambers, « Le roi en jaune », lui-même adapté d’un roman français écrit par Thomas de Casteigne dont on a perdu toute trace. Il aurait même été détruit dans des conditions inquiétantes par les républicains français. Estus semble habité par sa pièce d’une façon peu commune, et on peut se demander à quel point il arrive à la dissocier de la vie réelle, quand il nous parle de ce « changement » (celui de Ythill en Carcosa) auquel tout le monde devrait se préparer. Je pense que ce type est bon pour un séjour plus ou moins prolongé dans une maison spécialisée, mais je ne suis pas sûr de vouloir en être le thérapeute. Alexander partage mes réticences face aux affirmations délirantes de cet individu. Nous convenons de nous retrouver avec Jones et Davis dès ce vendredi, et je leur donne rendez-vous dans le pub que je fréquente le plus, le « London village » situé dans mon quartier de Greenwich. Vendredi 21 octobre 1928 21h. Nous nous retrouvons le vendredi à 21h précises et évoquons, autour d’une pinte, nos parcours respectifs depuis le temps que nous nous sommes perdus de vue. Kathleen Jones est devenue professeur d’Histoire à l’Université de Londres, et a gardé cette habitude d’avoir toujours avec elle un petit carnet dans lequel elle ne manque pas de griffonner une phrase ou un croquis à l’occasion. Wayne Davis nous apprend de façon un peu détournée qu’il exerce désormais un métier de détective. N’en fait-il pas un peu trop dans son numéro d’homme sur-occupé ? Quant à moi, j’explique à mes compagnons de quelle façon la Barclay’s m’a jeté en prison, après l’affaire du faux mandat. Je leur raconte mes études, ma reconversion, et l’ouverture de mon cabinet de psychanalyse à Londres. Nous convenons que la soirée de mercredi n’augure rien de bon. Davis décide d’en savoir un peu plus dès le lendemain, en rendant visite au théâtre, où il rencontre son directeur artistique, Noble, qui se montre méfiant et peu enclin à se confier à un inconnu, fût-il détective. Mieux, il lui sert une fumeuse histoire d’intoxication alimentaire pour justifier les comportements erratiques du public de mercredi. Quels intérêts sert-il pour défendre une telle version des faits ? Pendant ce temps, Kathleen Jones se rend avec son père auprès de Talbot Estus. L’auteur illuminé leur dit détenir une version originale du livre de Thomas de Casteigne, parsemées de notes plus ou moins déchiffrables. Kathleen demande à emprunter cet ouvrage deux jours, demande à laquelle accède Estus. Elle continue néanmoins à vouloir décrypter oralement la signification de la pièce et interroge Estus sur le sens du mot « changement ». Celui-ci répond de façon mystérieuse : « l’étranger annonce la venue du roi en jaune ». Il leur dit aussi que de toute façon, Ythill deviendra Carcosa. La conviction de Jones est faite : ce type est vraiment fou. Dimanche 23 octobre 1928 19h. http://mappinglondon.co.uk/wp-content/uploads/2012/05/bacon4.jpg Nous nous retrouvons, Jones, Davis et moi à l’appartement de Kathleen dans le quartier de Fulham, comme convenu, afin de faire le point. Davis nous parle de sa rencontre avec Noble et émet des doutes sur le personnage d’Hamilton. Une enquête est à mener auprès des acteurs de la troupe d’Estus. Je profite de ce moment pour leur parler d’une lettre que j’ai reçue vendredi, signée Charles Highsmith. Ce médecin fait appel à mes compétences de psychanalyste, pour échanger à propos d’un de ses patients, « W », qui est interné depuis deux ans à la suite d’un drame intervenu dans sa famille. Ayant perdu son père et sa sœur, cet homme aurait basculé dans la folie et développe une scotophobie, autrement dit une peur panique de l’obscurité. Etonnamment, Highsmith serait prêt à le faire sortir tandis que sa famille, peu coopérative, s’y oppose. Comme ce médecin dit arriver à Londres le 28, il est convenu que nous le rencontrerons dès son arrivée au Great Western Hotel, où nous nous rendrons dès 9h du matin. Lundi matin, Davis et Jones vont frapper à la porte de la jeune actrice Jean Hewart, mais n’obtiennent pas de réponse. Davis force la serrure, récemment changée par ailleurs, et découvre un appartement absolument en ordre, mise à part l’absence de sa locataire. Avant de repartir, il remarque au sol une pincée de poudre jaune, qu’il renifle : ça sent le soufre. Continuant leur enquête, ils se rendent à l’université où ils rencontrent l’acteur et étudiant Walter Paige. Ce jeune homme frêle n’a pas plus d’information sur la disparition de Jean Hewart, ce qu’il semble regretter par ailleurs. Il dit avoir été désagréablement influencé par la vision du symbole peint sur la poitrine de « l’étranger » depuis les premières répétitions. Ce lundi toujours, Hamilton contacte Davis et ils prennent rendez-vous pour le lendemain à 9h. Mardi 23 au matin, Hamilton se rend donc au « bureau » de Davis, en vérité une petite chambre sous les toits qui témoigne de la situation précaire de ce dernier. Etant très proche de la famille Hewart, Hamilton, qui est non seulement le directeur financier du théâtre , mais surtout à la tête d’une importante compagnie d’assurances, est chargé de tenter de retrouver la jeune fille disparue. Davis comprend qu’Hamilton est très lié à la famille, peut-être même à la jeune femme. L’entourage de la famille a mené sa propre enquête depuis dimanche 21, date de sa disparition, mais sans succès. Il donne à Davis carte blanche pour mener sa propre enquête, y compris sur le plan financier. Il faut dire que la famille Hewart ne manque pas de ressources, le père étant à la Chambre des Lords. Il compte sur la plus grande discrétion du détective, qui l’assure de son professionnalisme en la matière. Le même jour, Jones et moi nous rendons à l’hôtel où résident Estus et Gillen. Jones rend à Estus son manuscrit, et nous tentons de les interroger de façon séparée. Mais mis à part susciter très maladroitement une méfiance accrue de leur part, nous n’arrivons à aucun résultat. Gillen semble protéger la folie de son ami Estus, même si je le trouve plus sensé que son mentor. Mercredi matin, Davis se rend lui aussi auprès d’Estus mais n’obtient pas plus de résultat. Le départ d’Estus est proche (prévu pour le 26), Jean Hewart est introuvable, Jones ne trouve aucune information sur « le signe jaune »… Bref, nous nageons à nouveau dans des eaux très troubles. Nous appelons Hamilton qui nous rejoint dans un salon d’un grand hotel. Nous sommes tous les quatre frappés par la tournure des événements et nous sentons liés par le même sentiment qu’une lutte est à mener ensemble. Nous mettons en commun toutes les informations dont nous disposons, et concluons que Talbot Estus est au cœur d’une histoire qui sent une nouvelle fois le poisson pas frais. Davis et Hamilton se rendent sur les quais de Southampton pour rendre visite au paquebot « Adriatique » sur lequel doit embarquer Estus le lendemain. Même s’ils obtiennent le numéro de la cabine, le 725, aucune information utile n’est récoltée. Ils décident néanmoins de dormir dans un hôtel du port. Le lendemain matin, ils voient embarquer Estus et Gillen, sans aucun indice permettant de croire qu’ils auraient joué un rôle dans l’enlèvement de Jean Hewart . Le bateau appareille, et part en direction de l’Amérique, pendant que nous restons, pour ainsi dire, tous à quai, dans le son oppressant d’une familière et lugubre corne de brume. Sur le pont, Talbot Estus, enfiévré et vibrionnant, est entouré de plusieurs auditeurs éblouis. Quand une dame opulente lui pose la question de sa prochaine œuvre, il répond dans un sourire : « le signe jaune ».
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Dans ce drame qui se jouera sous nos yeux, les rôles respectifs seront tenus par : Wayne Davis = Totoche Edward Hamilton = Patacrep Kathleen Jones = Rémy Jonathan Haggins = Boeush Avec pour maitre de cérémonie: Er-Murazor. Mercredi 17 octobre 1928 21h. http://storage.lfpress.com/v1/blogs-prod-photos/f/0/7/2/4/f072433139a1bdaf9d6aa8cee88e1e9b.jpg Je me rends au théâtre Scala de Londres avec mon ami Frederick Matthias Alexander, pour assister à la première de « Carcosa, la reine et l’étranger » pièce en deux actes écrite et mise en scène par Talbot Estus. En rentrant dans ce vieux théâtre, j’ai la fugitive impression de connaître une jeune femme qui prend place au troisième rang, accompagnée d’un homme barbu et sensiblement plus âgé qu’elle. Comme la pièce va commencer, je garde pour plus tard mon impression, et nous assistons à la représentation. L’acte I est passablement ennuyeux, les comédiens donnant l’impression de réciter un texte mort-né. Ce qui se dégage est une sensation nauséeuse, et j’ai l’impression de ne pas être le seul à me sentir mal à l’aise face à ce récit informe, qui raconte, si j’ai bien compris, la lutte d’une famille pour résister à la transformation de leur cité en un lieu maléfique. Au moment où l’entracte vient clôturer le premier acte, je m’aperçois avec sidération que je n’ai aucun souvenir de la scène III. Sauf la fin : l’étranger finit par découvrir sa poitrine, où apparaît, peint sur sa peau, un symbole qui me ramène soudain à de sombres heures du passé. C’est une figure circulaire à trois parties, dont la branche supérieure évoque un point d’interrogation Tentant de retrouver mes esprits, je me dirige en compagnie d’Alexander vers un buffet, où nous buvons un verre. Et là, je me retrouve face à face avec Miss Kathleen Jones, la silhouette familière de tout à l’heure. Huit années volent alors en éclat et nous nous retrouvons à bavarder comme si nous nous étions quittés hier. Ma surprise est du coup toute relative quand vient nous rejoindre Wayne Davis, même si ce dernier est désormais affublé d’un chapeau pour le moins criard, et d’un cigare dont la taille semble dire au monde à quel point la réussite sociale tient dans l’affichage qu’on en fait. Après que Kathleen nous a présenté son père, grand amateur de Talbot Estus, l’entracte prend fin et nous regagnons nos fauteuils dans la salle. L’acte II est tout aussi dérangeant, et je commence à me dire que le théâtre dit « d’avant-garde » est tout de même fort rasoir…. Jusqu’à la scène où la reine demande à l’étranger de retirer son masque, ce dernier affirmant qu’il n’en a pas, La princesse Camilla horrifiée se met à crier « Pas de masque ? Pas de masque ! ». Le second acte se termine quand la salle est soudain prise d’une frénésie violente et incontrôlée. Des gens hurlent, d’autres commencent à frapper leurs voisins, un homme bascule même du balcon et vient se fracasser dans la fosse. A mes pieds, un homme tombe inanimé, tandis que les réflexes ont le dessus, et que nous cherchons, avec Alexander, à apporter réconfort et soin aux personnes que nous voyons mal en point. En coulisses, un homme grand et moustachu visiblement très mécontent et qui semble reprocher à deux autres hommes ce qui vient de se passer. La salle se vide peu à peu, et quand le calme revient enfin, on nous annonce que le théâtre maintient le lunch initialement prévu pour un soir de première, ainsi que la rencontre avec les acteurs et l’auteur de la pièce. Nous nous retrouvons, comme à l’entracte, à tenter de retrouver nos esprits autour d’un verre. Comme je m’en doutais, Jones et Davis sont là, et nous reprenons la conversation interrompue tout à l’heure. Je sens, au regard de mes anciens compagnons d’aventure, que nous partageons la même sensation diffuse : nous venons d’assister à la manifestation de forces que nous croyions appartenir au passé. Il reste une soixantaine de personnes au buffet quand arrivent les acteurs ainsi que les deux directeurs du théâtre Hamilton et Noble. Nous apprenons qu’ils annulent totalement les futures représentations de la pièce. Je me mets à leur place, la publicité apportée par les événements de ce soir n’est pas forcément la meilleure que l’on puisse faire pour leur salle, sur la place de Londres. Une jeune actrice, celle qui interprétait le rôle de la princesse Camilla, Jean Hewart, paraît particulièrement perturbée, et elle fait part à Hamilton de cauchemars qu’elle subit depuis les répétitions de la pièce, mettant en scène des poissons… tiens, tiens… Arrive enfin Talbot Estus, l’auteur et metteur en scène. La discussion avec Estus et Michael Gillen (celui qui joue l’étranger) nous apprend que la pièce est tirée d’un roman sorti en 1895 de Robert W. Chambers, « Le roi en jaune », lui-même adapté d’un roman français écrit par Thomas de Casteigne dont on a perdu toute trace. Il aurait même été détruit dans des conditions inquiétantes par les républicains français. Estus semble habité par sa pièce d’une façon peu commune, et on peut se demander à quel point il arrive à la dissocier de la vie réelle, quand il nous parle de ce « changement » (celui de Ythill en Carcosa) auquel tout le monde devrait se préparer. Je pense que ce type est bon pour un séjour plus ou moins prolongé dans une maison spécialisée, mais je ne suis pas sûr de vouloir en être le thérapeute. Alexander partage mes réticences face aux affirmations délirantes de cet individu. Nous convenons de nous retrouver avec Jones et Davis dès ce vendredi, et je leur donne rendez-vous dans le pub que je fréquente le plus, le « London village » situé dans mon quartier de Greenwich. Vendredi 21 octobre 1928 21h. Nous nous retrouvons le vendredi à 21h précises et évoquons, autour d’une pinte, nos parcours respectifs depuis le temps que nous nous sommes perdus de vue. Kathleen Jones est devenue professeur d’Histoire à l’Université de Londres, et a gardé cette habitude d’avoir toujours avec elle un petit carnet dans lequel elle ne manque pas de griffonner une phrase ou un croquis à l’occasion. Wayne Davis nous apprend de façon un peu détournée qu’il exerce désormais un métier de détective. N’en fait-il pas un peu trop dans son numéro d’homme sur-occupé ? Quant à moi, j’explique à mes compagnons de quelle façon la Barclay’s m’a jeté en prison, après l’affaire du faux mandat. Je leur raconte mes études, ma reconversion, et l’ouverture de mon cabinet de psychanalyse à Londres. Nous convenons que la soirée de mercredi n’augure rien de bon. Davis décide d’en savoir un peu plus dès le lendemain, en rendant visite au théâtre, où il rencontre son directeur artistique, Noble, qui se montre méfiant et peu enclin à se confier à un inconnu, fût-il détective. Mieux, il lui sert une fumeuse histoire d’intoxication alimentaire pour justifier les comportements erratiques du public de mercredi. Quels intérêts sert-il pour défendre une telle version des faits ? Pendant ce temps, Kathleen Jones se rend avec son père auprès de Talbot Estus. L’auteur illuminé leur dit détenir une version originale du livre de Thomas de Casteigne, parsemées de notes plus ou moins déchiffrables. Kathleen demande à emprunter cet ouvrage deux jours, demande à laquelle accède Estus. Elle continue néanmoins à vouloir décrypter oralement la signification de la pièce et interroge Estus sur le sens du mot « changement ». Celui-ci répond de façon mystérieuse : « l’étranger annonce la venue du roi en jaune ». Il leur dit aussi que de toute façon, Ythill deviendra Carcosa. La conviction de Jones est faite : ce type est vraiment fou. Dimanche 23 octobre 1928 19h. http://mappinglondon.co.uk/wp-content/uploads/2012/05/bacon4.jpg Nous nous retrouvons, Jones, Davis et moi à l’appartement de Kathleen dans le quartier de Fulham, comme convenu, afin de faire le point. Davis nous parle de sa rencontre avec Noble et émet des doutes sur le personnage d’Hamilton. Une enquête est à mener auprès des acteurs de la troupe d’Estus. Je profite de ce moment pour leur parler d’une lettre que j’ai reçue vendredi, signée Charles Highsmith. Ce médecin fait appel à mes compétences de psychanalyste, pour échanger à propos d’un de ses patients, « W », qui est interné depuis deux ans à la suite d’un drame intervenu dans sa famille. Ayant perdu son père et sa sœur, cet homme aurait basculé dans la folie et développe une scotophobie, autrement dit une peur panique de l’obscurité. Etonnamment, Highsmith serait prêt à le faire sortir tandis que sa famille, peu coopérative, s’y oppose. Comme ce médecin dit arriver à Londres le 28, il est convenu que nous le rencontrerons dès son arrivée au Great Western Hotel, où nous nous rendrons dès 9h du matin. Lundi matin, Davis et Jones vont frapper à la porte de la jeune actrice Jean Hewart, mais n’obtiennent pas de réponse. Davis force la serrure, récemment changée par ailleurs, et découvre un appartement absolument en ordre, mise à part l’absence de sa locataire. Avant de repartir, il remarque au sol une pincée de poudre jaune, qu’il renifle : ça sent le soufre. Continuant leur enquête, ils se rendent à l’université où ils rencontrent l’acteur et étudiant Walter Paige. Ce jeune homme frêle n’a pas plus d’information sur la disparition de Jean Hewart, ce qu’il semble regretter par ailleurs. Il dit avoir été désagréablement influencé par la vision du symbole peint sur la poitrine de « l’étranger » depuis les premières répétitions. Ce lundi toujours, Hamilton contacte Davis et ils prennent rendez-vous pour le lendemain à 9h. Mardi 23 au matin, Hamilton se rend donc au « bureau » de Davis, en vérité une petite chambre sous les toits qui témoigne de la situation précaire de ce dernier. Etant très proche de la famille Hewart, Hamilton, qui est non seulement le directeur financier du théâtre , mais surtout à la tête d’une importante compagnie d’assurances, est chargé de tenter de retrouver la jeune fille disparue. Davis comprend qu’Hamilton est très lié à la famille, peut-être même à la jeune femme. L’entourage de la famille a mené sa propre enquête depuis dimanche 21, date de sa disparition, mais sans succès. Il donne à Davis carte blanche pour mener sa propre enquête, y compris sur le plan financier. Il faut dire que la famille Hewart ne manque pas de ressources, le père étant à la Chambre des Lords. Il compte sur la plus grande discrétion du détective, qui l’assure de son professionnalisme en la matière. Le même jour, Jones et moi nous rendons à l’hôtel où résident Estus et Gillen. Jones rend à Estus son manuscrit, et nous tentons de les interroger de façon séparée. Mais mis à part susciter très maladroitement une méfiance accrue de leur part, nous n’arrivons à aucun résultat. Gillen semble protéger la folie de son ami Estus, même si je le trouve plus sensé que son mentor. Mercredi matin, Davis se rend lui aussi auprès d’Estus mais n’obtient pas plus de résultat. Le départ d’Estus est proche (prévu pour le 26), Jean Hewart est introuvable, Jones ne trouve aucune information sur « le signe jaune »… Bref, nous nageons à nouveau dans des eaux très troubles. Nous appelons Hamilton qui nous rejoint dans un salon d’un grand hotel. Nous sommes tous les quatre frappés par la tournure des événements et nous sentons liés par le même sentiment qu’une lutte est à mener ensemble. Nous mettons en commun toutes les informations dont nous disposons, et concluons que Talbot Estus est au cœur d’une histoire qui sent une nouvelle fois le poisson pas frais. Davis et Hamilton se rendent sur les quais de Southampton pour rendre visite au paquebot « Adriatique » sur lequel doit embarquer Estus le lendemain. Même s’ils obtiennent le numéro de la cabine, le 725, aucune information utile n’est récoltée. Ils décident néanmoins de dormir dans un hôtel du port. Le lendemain matin, ils voient embarquer Estus et Gillen, sans aucun indice permettant de croire qu’ils auraient joué un rôle dans l’enlèvement de Jean Hewart . Le bateau appareille, et part en direction de l’Amérique, pendant que nous restons, pour ainsi dire, tous à quai, dans le son oppressant d’une familière et lugubre corne de brume. Sur le pont, Talbot Estus, enfiévré et vibrionnant, est entouré de plusieurs auditeurs éblouis. Quand une dame opulente lui pose la question de sa prochaine œuvre, il répond dans un sourire : « le signe jaune ».
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Dans ce drame qui se jouera sous nos yeux, les rôles respectifs seront tenus par : Wayne Davis = Totoche Edward Hamilton = Patacrep Kathleen Jones = Rémy Jonathan Haggins = Boeush Avec pour maitre de cérémonie: Er-Murazor. Mercredi 17 octobre 1928 21h. http://storage.lfpress.com/v1/blogs-prod-photos/f/0/7/2/4/f072433139a1bdaf9d6aa8cee88e1e9b.jpg Je me rends au théâtre Scala de Londres avec mon ami Frederick Matthias Alexander, pour assister à la première de « Carcosa, la reine et l’étranger » pièce en deux actes écrite et mise en scène par Talbot Estus. En rentrant dans ce vieux théâtre, j’ai la fugitive impression de connaître une jeune femme qui prend place au troisième rang, accompagnée d’un homme barbu et sensiblement plus âgé qu’elle. Comme la pièce va commencer, je garde pour plus tard mon impression, et nous assistons à la représentation. L’acte I est passablement ennuyeux, les comédiens donnant l’impression de réciter un texte mort-né. Ce qui se dégage est une sensation nauséeuse, et j’ai l’impression de ne pas être le seul à me sentir mal à l’aise face à ce récit informe, qui raconte, si j’ai bien compris, la lutte d’une famille pour résister à la transformation de leur cité en un lieu maléfique. Au moment où l’entracte vient clôturer le premier acte, je m’aperçois avec sidération que je n’ai aucun souvenir de la scène III. Sauf la fin : l’étranger finit par découvrir sa poitrine, où apparaît, peint sur sa peau, un symbole qui me ramène soudain à de sombres heures du passé. C’est une figure circulaire à trois parties, dont la branche supérieure évoque un point d’interrogation Tentant de retrouver mes esprits, je me dirige en compagnie d’Alexander vers un buffet, où nous buvons un verre. Et là, je me retrouve face à face avec Miss Kathleen Jones, la silhouette familière de tout à l’heure. Huit années volent alors en éclat et nous nous retrouvons à bavarder comme si nous nous étions quittés hier. Ma surprise est du coup toute relative quand vient nous rejoindre Wayne Davis, même si ce dernier est désormais affublé d’un chapeau pour le moins criard, et d’un cigare dont la taille semble dire au monde à quel point la réussite sociale tient dans l’affichage qu’on en fait. Après que Kathleen nous a présenté son père, grand amateur de Talbot Estus, l’entracte prend fin et nous regagnons nos fauteuils dans la salle. L’acte II est tout aussi dérangeant, et je commence à me dire que le théâtre dit « d’avant-garde » est tout de même fort rasoir…. Jusqu’à la scène où la reine demande à l’étranger de retirer son masque, ce dernier affirmant qu’il n’en a pas, La princesse Camilla horrifiée se met à crier « Pas de masque ? Pas de masque ! ». Le second acte se termine quand la salle est soudain prise d’une frénésie violente et incontrôlée. Des gens hurlent, d’autres commencent à frapper leurs voisins, un homme bascule même du balcon et vient se fracasser dans la fosse. A mes pieds, un homme tombe inanimé, tandis que les réflexes ont le dessus, et que nous cherchons, avec Alexander, à apporter réconfort et soin aux personnes que nous voyons mal en point. En coulisses, un homme grand et moustachu visiblement très mécontent et qui semble reprocher à deux autres hommes ce qui vient de se passer. La salle se vide peu à peu, et quand le calme revient enfin, on nous annonce que le théâtre maintient le lunch initialement prévu pour un soir de première, ainsi que la rencontre avec les acteurs et l’auteur de la pièce. Nous nous retrouvons, comme à l’entracte, à tenter de retrouver nos esprits autour d’un verre. Comme je m’en doutais, Jones et Davis sont là, et nous reprenons la conversation interrompue tout à l’heure. Je sens, au regard de mes anciens compagnons d’aventure, que nous partageons la même sensation diffuse : nous venons d’assister à la manifestation de forces que nous croyions appartenir au passé. Il reste une soixantaine de personnes au buffet quand arrivent les acteurs ainsi que les deux directeurs du théâtre Hamilton et Noble. Nous apprenons qu’ils annulent totalement les futures représentations de la pièce. Je me mets à leur place, la publicité apportée par les événements de ce soir n’est pas forcément la meilleure que l’on puisse faire pour leur salle, sur la place de Londres. Une jeune actrice, celle qui interprétait le rôle de la princesse Camilla, Jean Hewart, paraît particulièrement perturbée, et elle fait part à Hamilton de cauchemars qu’elle subit depuis les répétitions de la pièce, mettant en scène des poissons… tiens, tiens… Arrive enfin Talbot Estus, l’auteur et metteur en scène. La discussion avec Estus et Michael Gillen (celui qui joue l’étranger) nous apprend que la pièce est tirée d’un roman sorti en 1895 de Robert W. Chambers, « Le roi en jaune », lui-même adapté d’un roman français écrit par Thomas de Casteigne dont on a perdu toute trace. Il aurait même été détruit dans des conditions inquiétantes par les républicains français. Estus semble habité par sa pièce d’une façon peu commune, et on peut se demander à quel point il arrive à la dissocier de la vie réelle, quand il nous parle de ce « changement » (celui de Ythill en Carcosa) auquel tout le monde devrait se préparer. Je pense que ce type est bon pour un séjour plus ou moins prolongé dans une maison spécialisée, mais je ne suis pas sûr de vouloir en être le thérapeute. Alexander partage mes réticences face aux affirmations délirantes de cet individu. Nous convenons de nous retrouver avec Jones et Davis dès ce vendredi, et je leur donne rendez-vous dans le pub que je fréquente le plus, le « London village » situé dans mon quartier de Greenwich. Vendredi 21 octobre 1928 21h. Nous nous retrouvons le vendredi à 21h précises et évoquons, autour d’une pinte, nos parcours respectifs depuis le temps que nous nous sommes perdus de vue. Kathleen Jones est devenue professeur d’Histoire à l’Université de Londres, et a gardé cette habitude d’avoir toujours avec elle un petit carnet dans lequel elle ne manque pas de griffonner une phrase ou un croquis à l’occasion. Wayne Davis nous apprend de façon un peu détournée qu’il exerce désormais un métier de détective. N’en fait-il pas un peu trop dans son numéro d’homme sur-occupé ? Quant à moi, j’explique à mes compagnons de quelle façon la Barclay’s m’a jeté en prison, après l’affaire du faux mandat. Je leur raconte mes études, ma reconversion, et l’ouverture de mon cabinet de psychanalyse à Londres. Nous convenons que la soirée de mercredi n’augure rien de bon. Davis décide d’en savoir un peu plus dès le lendemain, en rendant visite au théâtre, où il rencontre son directeur artistique, Noble, qui se montre méfiant et peu enclin à se confier à un inconnu, fût-il détective. Mieux, il lui sert une fumeuse histoire d’intoxication alimentaire pour justifier les comportements erratiques du public de mercredi. Quels intérêts sert-il pour défendre une telle version des faits ? Pendant ce temps, Kathleen Jones se rend avec son père auprès de Talbot Estus. L’auteur illuminé leur dit détenir une version originale du livre de Thomas de Casteigne, parsemées de notes plus ou moins déchiffrables. Kathleen demande à emprunter cet ouvrage deux jours, demande à laquelle accède Estus. Elle continue néanmoins à vouloir décrypter oralement la signification de la pièce et interroge Estus sur le sens du mot « changement ». Celui-ci répond de façon mystérieuse : « l’étranger annonce la venue du roi en jaune ». Il leur dit aussi que de toute façon, Ythill deviendra Carcosa. La conviction de Jones est faite : ce type est vraiment fou. Dimanche 23 octobre 1928 19h. http://mappinglondon.co.uk/wp-content/uploads/2012/05/bacon4.jpg Nous nous retrouvons, Jones, Davis et moi à l’appartement de Kathleen dans le quartier de Fulham, comme convenu, afin de faire le point. Davis nous parle de sa rencontre avec Noble et émet des doutes sur le personnage d’Hamilton. Une enquête est à mener auprès des acteurs de la troupe d’Estus. Je profite de ce moment pour leur parler d’une lettre que j’ai reçue vendredi, signée Charles Highsmith. Ce médecin fait appel à mes compétences de psychanalyste, pour échanger à propos d’un de ses patients, « W », qui est interné depuis deux ans à la suite d’un drame intervenu dans sa famille. Ayant perdu son père et sa sœur, cet homme aurait basculé dans la folie et développe une scotophobie, autrement dit une peur panique de l’obscurité. Etonnamment, Highsmith serait prêt à le faire sortir tandis que sa famille, peu coopérative, s’y oppose. Comme ce médecin dit arriver à Londres le 28, il est convenu que nous le rencontrerons dès son arrivée au Great Western Hotel, où nous nous rendrons dès 9h du matin. Lundi matin, Davis et Jones vont frapper à la porte de la jeune actrice Jean Hewart, mais n’obtiennent pas de réponse. Davis force la serrure, récemment changée par ailleurs, et découvre un appartement absolument en ordre, mise à part l’absence de sa locataire. Avant de repartir, il remarque au sol une pincée de poudre jaune, qu’il renifle : ça sent le soufre. Continuant leur enquête, ils se rendent à l’université où ils rencontrent l’acteur et étudiant Walter Paige. Ce jeune homme frêle n’a pas plus d’information sur la disparition de Jean Hewart, ce qu’il semble regretter par ailleurs. Il dit avoir été désagréablement influencé par la vision du symbole peint sur la poitrine de « l’étranger » depuis les premières répétitions. Ce lundi toujours, Hamilton contacte Davis et ils prennent rendez-vous pour le lendemain à 9h. Mardi 23 au matin, Hamilton se rend donc au « bureau » de Davis, en vérité une petite chambre sous les toits qui témoigne de la situation précaire de ce dernier. Etant très proche de la famille Hewart, Hamilton, qui est non seulement le directeur financier du théâtre , mais surtout à la tête d’une importante compagnie d’assurances, est chargé de tenter de retrouver la jeune fille disparue. Davis comprend qu’Hamilton est très lié à la famille, peut-être même à la jeune femme. L’entourage de la famille a mené sa propre enquête depuis dimanche 21, date de sa disparition, mais sans succès. Il donne à Davis carte blanche pour mener sa propre enquête, y compris sur le plan financier. Il faut dire que la famille Hewart ne manque pas de ressources, le père étant à la Chambre des Lords. Il compte sur la plus grande discrétion du détective, qui l’assure de son professionnalisme en la matière. Le même jour, Jones et moi nous rendons à l’hôtel où résident Estus et Gillen. Jones rend à Estus son manuscrit, et nous tentons de les interroger de façon séparée. Mais mis à part susciter très maladroitement une méfiance accrue de leur part, nous n’arrivons à aucun résultat. Gillen semble protéger la folie de son ami Estus, même si je le trouve plus sensé que son mentor. Mercredi matin, Davis se rend lui aussi auprès d’Estus mais n’obtient pas plus de résultat. Le départ d’Estus est proche (prévu pour le 26), Jean Hewart est introuvable, Jones ne trouve aucune information sur « le signe jaune »… Bref, nous nageons à nouveau dans des eaux très troubles. Nous appelons Hamilton qui nous rejoint dans un salon d’un grand hotel. Nous sommes tous les quatre frappés par la tournure des événements et nous sentons liés par le même sentiment qu’une lutte est à mener ensemble. Nous mettons en commun toutes les informations dont nous disposons, et concluons que Talbot Estus est au cœur d’une histoire qui sent une nouvelle fois le poisson pas frais. Davis et Hamilton se rendent sur les quais de Southampton pour rendre visite au paquebot « Adriatique » sur lequel doit embarquer Estus le lendemain. Même s’ils obtiennent le numéro de la cabine, le 725, aucune information utile n’est récoltée. Ils décident néanmoins de dormir dans un hôtel du port. Le lendemain matin, ils voient embarquer Estus et Gillen, sans aucun indice permettant de croire qu’ils auraient joué un rôle dans l’enlèvement de Jean Hewart . Le bateau appareille, et part en direction de l’Amérique, pendant que nous restons, pour ainsi dire, tous à quai, dans le son oppressant d’une familière et lugubre corne de brume. Sur le pont, Talbot Estus, enfiévré et vibrionnant, est entouré de plusieurs auditeurs éblouis. Quand une dame opulente lui pose la question de sa prochaine œuvre, il répond dans un sourire : « le signe jaune ».
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J'imaginais plus des dons de soi en nature d'après ce que Christophe et toi m'aviez dit😱
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Publié en première page, monsieur. Par contre pas sur que j'aurais le courage de le faire pour tes dix épisodes. . .
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Avant que Laurent nous submerge sous son récit au long cours, un court résumé de quelques-unes de mes sessions à Numénéra (univers sf-fantasy se déroulant 1 million d'années dans le futur) de Monte Cook (qui a servi de base au futur jdv torments tides of Numenera, dont Dodo et Dunkerque parlerons en bien je n'en doute pas). Le propos est raconté par le MJ (ce qui ne me décline pas de toute responsabilité vis à vis des fautes et des propos tenus) ------------------------------------------------------------------------------------------------------------ C’est en disgrâce que votre groupe a quitté Mulen, et après quelques péripéties en forêt et sur la route, les Amis du Petit Convoi vous disent au revoir aux portes de Qi, au bord de la rivière Wyr... Qi En ville, après avoir visité la librairie publique de l’Université, vous avez décidé de prendre contact avec Ackeron Waggin, que vous avait mentionné le Dracogen dans son ultime message sur la route vers Qi. Ce marchand vous avait accompagné dans son laboratoire dissimulé dans une boutique de vieilles oddities, et après vous avoir étudié sous tous les angles vous avait fait une proposition que vous aviez accepté : vous débarrasser gracieusement de la créature d’ombre qui hantait vos pas depuis plusieurs semaines… L’opération semblait avoir réussi et vous aviez quitté le marchand fébrile de pouvoir continuer ses analyses. Le Démonombre En chemin vers un autre contact d’Iron Drebble qu’il souhaitait rencontrer pour parfaire la maîtrise de son corps, celui-ci vous avait entraîné dans les quartiers malfamés de la ville, on vous n’aviez pas tardé à subir le coups du sort : le sabre fétiche d’Iron était volé à son insu par un gamin, et un peu plus tard vous étiez attaqués par une horde de Murden, des créatures repoussantes, dégageant des ondes télépathiques plus que désagréables. Un Murden Malgré une défense honorable, vous étiez sur le point d’être submergé quand est intervenu Deforeth, « La lame des rêves », un homme d’une grâce extrême qui vous a dit vouer une haine profonde aux Murdens ainsi qu’à leurs maîtres. Ce dernier semblait étonné que vous soyez la cible d’un si grand nombre de ces créatures, mais après ce bref échange, il disparut aussi vite qu’il était venu.De retour à votre auberge, une enquête rapide vous permet de rencontrer Treford le troubadour, un personnage qu’Iron avait déjà croisé et qui semble être la figure paternelle du groupe de gamin qui traîne aux alentours. Avec son aide, vous découvrez que le gamin, Piolo, s’est fait embarqué par des membres de Nomoteth, le Dieu de la Chair. Les portes du temple de Nomothet Au temple de la Chair, vous tombez rapidement sur Aaron Lek, qui reconnaît l’admission, au demeurant tout à fait légale, de Piolo comme « matière première ». Il vous propose un marché : lui permettre de ne pas perdre la face dans le duel d’Aile du Vent qui se déroulera entre lui et Jhin Leon, pour déterminer lequel de l’aérodynamisme ou du poids représente la quintessence de la vitesse. Une Aile du Vent Après de jolies péripéties, alliant un travail de reporter de Mercurius, une savante utilisation de poil à gratter et une utilisation moins morale mais tout aussi efficace de contrôle mental, vous parvenez à faire gagner la course à Iron, ce qui vous permet de remplir votre part du marché et de récupérer Piolo, ainsi que le sabre perdu. Vous êtes en train de célébrer votre victoire sur la barge d’Aaron où D’jack vous a rejoint, quand tour à tour, un message mental vous vrille le crâne… (chaque message a été individualisé à partir de là) ...Un peu à l'écart de la fête, tu es entrain de siroter un verre sur la barge qui flotte à quelques centaines de mètres du sol, quand un sentiment d’inévitabilité t’étreint, encore plus fort que d’habitude : il va se passer un truc moche, tu en as la certitude. C’est sûrement la barge qui ne va pas tarder à s’écraser sur le sol, elle ne t’a pas semblé bien solide, et tu n’étais déjà pas très chaud pour monter aussi haut…Tu es en train de faire le tour pour trouver un moyen rapide de descendre, quand une douleur lancinante te vrille le crâne. Tu te prends la tête à deux mains, et tu entends le message suivant : Bzzzzt.... Verdict du jugement B36, réalisé par le juge Ackeron. L'accusé est reconnu coupable des charges retenues, et condamné à mort par démembrement. Vous avez Bzzt….Krrrr..…des pour vous rendre au bureau C12 pour l'application de votre sentence, après quoi le Moisonneur sera contraint d’en venir à la désactivation par démembrement. Message....Bzzzt....terminé. Au bout de quelques secondes, la douleur disparaît comme elle est venue, et tu vois tour à tour Mercurius, Iron puis D’jack subir un assaut similaire. Si tu doutais encore d’être maudit, la peur que tu lis dans leurs yeux t'en donnes maintenant la preuve : c’est pas possible de manquer de bol à ce point !
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On parle de 70 pages de textes abscons rédigés dans une langue qui fut peut être du français mais qui dégénère au cours du temps, Terry.
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Me connaissant, il y a des chances.
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Si si, mais cela vend mois du rêve que ma scéance Star Wars* d'hier soir: "Chasse à l'homme sur Tatooine" où il a été confirmé que le jazz band de la cantina n'avait qu'un seul chanson à leur actif.... *: une personne m'avait promis du cthulhu, un an plus tard j'attends toujours.
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A combien le craquage, Tom?
